Et la vie reprend son cours normal

Publié le 2018-02-22 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Finie la période carnavalesque! Oui, elle est bel et bien finie, cette période de folie; retour au chaos primitif. La grande foule des carnavaliers reprend sa vie de tous les jours. Tout le monde rechausse le masque de tous les jours, le personnage (en latin ‘’persona’’ signifie ‘’masque’’). On redevient sérieux. La trilogie oro-sexo-loco, qui exprime les pulsions alimentaire, sexuelle et ce besoin de catharsis par le biais d’une folie assumée, reprend sa forme courante mécanique ‘’métro-boulot-dodo’’. Bien entendu, de nombreux supercarnavaliers regrettent la brièveté d’une telle ambiance, laquelle était comme une sorte de rêve éveillé. Pourquoi seulement trois jours gras? Pourquoi pas une semaine, voire quinze jours ?

Quand il était petit et même adolescent, l’articlier qui a grandi dans la tradition des supercarnavaliers regrettait chaque année la fin de cette belle période festive. Mais au fil du temps et surtout après maintes recherches, il a fini par comprendre l’importance de la limitation des jours gras.

Certes les fêtes populaires remplissent une fonction positive au sein du groupe social et qu’à ce titre elles jouent un rôle positif. Elles représentent des moments de communion, de retrouvailles où les êtres humains apprennent à se regarder, se rencontrer sans fard. L’aspect négatif n’est pas pour autant à négliger.

S’il est vrai que la transgression de tous les interdits, comme le précise Hélène Masson-Maret, « est bénéfique tant pour l’individu que pour le groupe en tolérant pendant un laps de temps court tous les abus qui ruineraient la santé s’ils existaient à l’état chronique », il est tout aussi vrai que « la fête ne peut être qu’éphémère, elle ne peut pas durer ».

Il existe à coup sûr des raisons à cette limitation dans le temps. La principale est que « la vie est menacée en permanence pendant les périodes festives ». La fête doit donc « être courte sous peine de mort immédiate ou lente causée par la prise des habitudes de fête ».

Des analyses sanguines effectuées dans certains pays, notamment au Brésil et au Mexique, ont montré que l’organisme ne peut effectivement supporter longtemps certains abus. À l’issue de certaines périodes festives, il a été mis en évidence des taux élevés d’alcoolémie, d’hyperglycémie et d’hyper-uricémie qui ne pourraient en aucun cas être tolérés au-delà de quelques jours.

En outre, des risques sont évidents, dus au manque de sommeil, au gavage alimentaire, à la consommation de substances toxiques, à l’excitation et à la violence. D’autres dangers moins apparents mais réels, notamment la propagation des infections sexuellement transmissibles permettent de se rendre compte que la chronicité de la fête peut détruire l’individu comme le groupe. On peut citer l’exemple de l’empire romain. L’habitude de la fête y développait un certain désintérêt pour le travail et l’action productive. L’ambiance festive marquée au coin de la débauche battait son plein. Ces comportements répétitifs furent l’une des causes de la décadence des Romains.

Le carnaval est bel et bien la fête des dieux endormis, mais pas des dieux morts ou trépassés. Les dieux doivent sortir de leur sommeil pour reprendre le contrôle de la marche du monde. Nous aussi devons-nous réveiller après les jours gras pour reprendre contact avec la dure réalité faite de frustrations et d’insatisfactions de toutes sortes, que nous avons oubliée pendant les jours gras.

Dr Frantz Bernadin Auteur
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