Nécessité d’un consensus autour du choix des politiques publiques en Haïti

Publié le 2018-02-06 | Le Nouvelliste

Economie -

Le dilemme qui existe entre efficience économique et équité sociale a encore sa place dans le débat économique contemporain. Les théoriciens de l’économie publique proposent différentes stratégies qu’un gouvernement pourrait mettre en œuvre pour maximiser le bien-être social. Dans le cas d’une économie décentralisée, c’est-à-dire un marché se trouvant en situation de concurrence pure et parfaite, l’efficience économique est garantie par une allocation optimale des ressources disponibles. Les économistes néoclassiques (Stanley Jevons, Léon Walras, Alfred Marshall, etc.) prédisent que la concurrence pure et parfaite est susceptible de conduire à la maximisation du bien-être social.

Ce postulat suppose que le marché a les capacités requises pour assurer la formation des prix, la quantité produite et la distribution des revenus par le jeu de l’offre et de la demande. En conséquence, toute intervention de l’État dans l’économie ne peut que conduire à la distorsion. En ce sens, Wilfredo Pareto avance que toute intervention publique qui ne permet pas d’améliorer le bien-être d’un individu sans détériorer celui d’un autre ne sera pas efficace. Ce qui signifie qu’une allocation est efficace, selon Pareto, lorsqu’il n’est plus possible d’améliorer le bien-être d’un individu sans détériorer celui d’un autre, et du point de vue de l’efficience économique, l’État ne doit pas intervenir.

L’économie publique admet cependant que lorsque les conditions de concurrence pure et parfaite ne sont pas réunies, notamment dans le cas d’un monopole, l’allocation des ressources ne sera plus efficace et le bien-être social va en pâtir. Le monopole représente donc une première justification de l’intervention de l’Etat pour rétablir les conditions d’un marché en situation de concurrence pure et parfaite. Ensuite, même lorsque l’économie aurait atteint le plein emploi garanti par la concurrence pure et parfaite, la question de la répartition de la richesse produite reste entière. C’est la deuxième justification d’une intervention publique, puisque l’État ne peut pas accepter que certains citoyens vivent dans l’opulence et que le reste de la population végète dans le dénuement le plus total. En ce qui concerne la situation de pauvreté dans laquelle vit la population haïtienne au cours des dernières décennies, il est indéniable que les politiques trouvent un consensus pour choisir la meilleure des fonctions de bien-être social suivantes :

1) La fonction utilitariste de bien-être social de Jérémie Bentham (W = somme Ui) selon laquelle la société peut-être indifférente par rapport à la répartition de la richesse produite entre les riches et les pauvres. Il suffit pour le gouvernement de mettre en œuvre des politiques publiques qui puissent permettre de maximiser globalement le bien-être de la société. Autrement dit, il suffit que les politiques publiques favorisent la croissance économique peu importe le niveau de disparité induit.

2) La fonction de bien-être social classique de Friedrich Nietzsche prônant la maximisation du bien-être des individus riches au détriment de celui des pauvres [W = max (u1, U2, Un)]. Pour cette fonction de bien-être, le gouvernement peut mettre en œuvre des politiques publiques permettant une amélioration substantielle du bien-être des riches en vue de compenser un faible manque de bien-être des pauvres. Autrement dit, les politiques publiques devront permettre aux riches de s’enrichir davantage au détriment des pauvres

3) La fonction du bien-être social de John Rawls [(W = min (U1; U2, Un)] qui consiste à maximiser le bien-être de l’individu le plus pauvre dans la société. Selon cette fonction de bien-être social, est acceptable toute allocation qui favorise les pauvres. Par conséquent, le gouvernement devrait envisager des politiques publiques permettant d’améliorer prioritairement le bien-être des pauvres.

En effet, nous exprimons volontairement notre parti pris pour la fonction de bien-être social de Rawls (1971). Ce choix se justifie par le fait que l’auteur ait abordé la problématique de l’équité dans sa forme libérale, en avançant que si tous les individus ignoraient la position qu’ils pourraient occuper dans la société et la part de la richesse nationale qui leur serait attribuée et qu’on demanderait à quelqu’un de procéder à un choix de distribution, pensant qu’il pourrait occuper n’importe quelle place, il opterait pour une fonction de répartition maximisant le bien-être de l’individu le plus pauvre. Par conséquent, toute fonction de répartition permettant d’améliorer le bien-être de l’individu le plus pauvre serait équitable. Au nom de la justice sociale, les politiques publiques doivent faire en sorte que l’accès à l’éducation soit véritablement gratuit et ne soit plus basé sur les capacités financières des parents, que les couches les plus défavorisées de la population aient accès à une justice équitable, à des soins de santé de qualité et à un logement social décent.

Principales Références Joseph E. Stiglitz « economics of the public sector » New York, Norton, 1988 Rawls, J. (1971). A theorie of justice. Cambridge, Havard University Press.
Dr Eliccel PAUL Auteur
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