Magalie Rosemond, une professionnelle au service du secteur pharmaceutique haïtien

Portrait de pharmacien Magalie Rosemond est pharmacienne depuis 37 ans. Elle est professeur et ancienne monitrice à la Faculté de médecine et de pharmacie de l’Université d’État d’Haïti. Elle a une spécialisation en toxicologie et une maîtrise en toxicologie de l’environnement. En 2003, elle a été nommée directrice de la pharmacie, du médicament et de la médecine traditionnelle au ministère de la Santé publique et de la Population. Depuis 2012, elle occupe le poste de vice-doyenne de la section pharmacie de la FMP-UEH. Sa carrière est celle d’un avant-gardiste avec une conscience en alerte et l’exigence vissée au corps de devoir changer le secteur pharmaceutique haïtien.

Publié le 2018-02-08 | Le Nouvelliste

National -

Edgar Quinet disait que le véritable exil n'est pas d'être arraché de son pays, c'est d'y vivre et de n'y plus rien trouver de ce qui le faisait aimer. C’est un panneau d’impuissance dans lequel Magalie Rosemond ne veut pas tomber.

Le secteur pharmaceutique tel quel est aujourd’hui en Haïti est inacceptable et révoltant. Magalie Rosemond en sait long, car elle a déjà usé de beaucoup de stratégies en vue d’améliorer les choses, parfois même des combats contre des adversaires fantômes. De sa discipline comme étudiante, le devoir de servir qu’elle a fait sien comme professeur pour aboutir à la tête de la Direction centrale de pharmacie et de contrôle des substances chimiques (DCPCSC) au ministère de la Santé publique et de la Population, elle est à la fois fatiguée et motivée. En accédant au poste de vice-doyenne de la FMP/UEH, elle a joué tout son fourbi sur l’académique. Elle essaie de rester dans la partition et la symphonie n’est pas désagréable.

Magalie Rosemond, la monitrice et l’enseignante

« J’ai changé de statut, mais je n’ai jamais laissé la faculté de médecine et de pharmacie de l’UEH», a introduit Magalie Rosemond, le visage souriant et radieux.

Tout de suite après sa graduation, le temps qu’elle récupère ses diplômes et fait face à la vie professionnelle, elle a été retenue comme monitrice en section pharmacie. Tout faisait partie d’un plan savamment orchestré corroboré dans sa réalisation par quelques coups de grâce du destin.

D’abord, elle a passé sept ans comme monitrice avant de se rendre en France en 1988, à l’Université Paris VII, pour une maîtrise en toxicologie. « Par la force des choses, la mort du titulaire du cours de toxicologie avait coïncidé avec mon retour au pays », s’est-elle rappelé.

Ainsi, elle commence à enseigner la toxicologie à la FMP/UEH tout en gardant son poste de monitrice. Muée par un souci de perfectionnement, elle a de nouveau quitté le pays, cette fois-ci à destination des États-Unis. « J’étais bénéficiaire d’une bourse Fullbright en 1999, et je voulais rester dans ma filière, donc j’ai été faire la toxicologie de l’environnement », a-t-elle souligné.

De retour en 2003, après 11 ans dans l’enseignement, elle a pris la décision de mener la bataille sur deux fronts. Comme professeur et comme directrice de la DCPCSC qui est l’équivalent de la DPM/MT actuellement.

« J’ai déposé un dossier au MSPP et j’ai été appelée à ma grande surprise pour occuper le poste de directrice de la pharmacie, du médicament et de la médecine traditionnelle. C’est le jour de mon arrivée que j’ai su que le ministre de la Santé d’alors était un ancien étudiant. »

Ainsi, sa carrière a pris une autre tournure ponctuée de petites victoires, de désillusions et surtout beaucoup de leçons apprises.

Magalie Rosemond, la directrice

Elle a occupé le poste de directrice de la DCPCSC de 2003 à 2009. Magalie Rosemond est une de ces personnes qui croient que, quand une chose est juste, il faut la faire, peu importe les courbes de la tangente.

« J’ai fait mes preuves au sein du ministère, mais c’était une véritable bataille. Quand je suis arrivée, j’ai vu l’état déplorable dans lequel se pratiquait la pharmacie en Haïti. Ce n’était pas facile, il y a eu beaucoup d’obstacles et j’ai dû faire, malgré tout, des réformes sachant qu’il n’est pas toujours facile de faire des réformes dans le pays », a-t-elle résumé.

La dureté de son caractère ne promettait pas des poires molles dans le secteur pharmaceutique. Elle le savait et elle ne faisait pas dans la dentelle. Pour elle, il est inconcevable de plaisanter avec les médicaments. « Les médicaments des rues, ça tue. S’il faut agir dans ce secteur, il faut le faire avec beaucoup de fermeté », a expliqué l’actuelle vice-doyenne de pharmacie à la FMP/UEH.

Elle enchaîne pour mettre l’emphase sur les combats qui étaient les siens. « Quand je suis arrivée, il y avait beaucoup de vols d’ordinateurs et de gaspillage, il n’y avait pas de normes ni de procédures. En me servant de consultants haïtiens, de l’équipe composée d'Henri Claude Voltaire et d'Emile Herald Charles, j’ai pu réformer ce secteur. »

Si Magalie Rosemond est aussi conspuée qu’adulée, si son passage a été l’objet de tant de débats, c’est parce qu’elle avait rompu la glace en rentrant ses deux pieds dans la fourmilière des médicaments des rues. « J’ai mis un peu de cœur en faisant ce travail, parce que je suis convaincue que la vente libre et sans contrôle des médicaments est une épée de Damoclès sur la tête des Haïtiens. Il y a des hommes puissants derrière cette pratique, c’est pourquoi il faut une volonté politique pour éradiquer ce phénomène suicidaire. »

Aujourd’hui, même en racontant les faits, son indignation est palpable et sa colère est d’une fraîcheur juvénile qui appelle l’admiration. Elle a fait mention du cas de l’organisation « Pharmaciens sans frontières » qui était venue en Haïti. Après avoir choisi au hasard un médicament, en l'occurrence l’ampicilline, ils ont constaté que la seule substance qu’il y avait dans ces ampicillines était de l’amidon. « Vous croyez acheter un médicament, au final c’est de l’amidon, ça aurait pu être autre chose. Ce phénomène peut entraîner beaucoup de dégâts dont la résistance aux antibiotiques », a-t-elle ajouté.

Magalie Rosemond, directrice de la DCPCSC, était une femme de terrain qui se lançait dans une lutte sans merci contre les vendeurs des rues. Elle croit jusqu’à présent que les mains cachées derrière ce phénomène ne peuvent en aucun cas servir de prétexte pour empêcher l’Etat de garantir la santé de la population.

« Je me rappelle que, sous l’administration du ministre Robert Auguste, j’ai été en République dominicaine pour rencontrer l’Association médicale dominicaine. Les membres de cette association ont rapporté à la délégation haïtienne qu’il y a une ville en République dominicaine où l’on ne fabrique que des médicaments contrefaits. Le seul endroit dans le monde qu’ils vendent ces médicaments est Haïti. » Voilà, s’est-elle indignée, une situation qui prouve une fois de trop que la vente des médicaments sans contrôle est un phénomène à freiner d’urgence.

En 2009, le système a sonné la fin de la récréation. Persécutée et impuissante, elle a dû donner sa démission. Convaincue qu’elle ne pouvait pas rester juste pour les retombées du poste, ne voulant pas non plus quitter le pays, elle est partie comme elle était venue d’obstacle en obstacle jusqu’au départ final. Cependant, elle a pu trouver une autre façon de faire avancer le secteur pharmaceutique haïtien. En 2012, elle est élue vice-doyenne de pharmacie à la FMP/UEH, satisfaits de son travail, elle a été réélue en 2017 par les corps constitutifs de cette faculté.

Magalie Rosemond, la vice-doyenne

« J’ai accepté de devenir vice-doyenne après plusieurs consultations avec M. Casimir, Mme Immacula et le Dr Roy. Maintenant, je crois qu’il y a deux ou trois choses sur lesquelles il faut travailler. Il faut que les études en pharmacie soient compétitives sur le plan international et je rêve de mettre en place un laboratoire de contrôle de qualité à la Faculté de médecine et de pharmacie de l’UEH », a-t-elle relaté.

Parmi les cinq lauréats de sa promotion ayant bénéficié de la bourse de spécialisation, elle est la seule à être retournée en Haïti. Elle a tenté de changer le secteur pharmaceutique haïtien comme directrice hier, aujourd’hui elle le fait comme vice-doyenne et demain elle le fera peut-être uniquement comme professeur. S’il y a une chose qu’elle refuse absolument, c’est de lâcher prise définitivement. Pour elle, c’est le même combat avec des stratégies différentes. Comme disait Edgar Faure : « La girouette ne doit pas cesser de tourner, jusqu’à ce que le vent s’arrête.»

Claudy Junior Pierre pclaudyjunior@yahoo.fr Auteur
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