Angle de vue

Vòlè pa valè, petite leçon de morale de Guerchang Bastia

Cette année encore, Guerchang Bastia rejoint tout exprès la scène carnavalesque avec une nouvelle méringue pour sensibiliser le public. Il chante « Leta pa wont », un titre qui exhorte les dirigeants à faire face à leurs responsabilités. Sur un ton cocasse, à la fois ironique, il pointe du doigt le système actuel et remet en question le thème choisi cette année, « Ayiti sou wout chanjman an ».

Publié le 2018-02-02 | Le Nouvelliste

Culture -

« Vòlè pa valè », le refrain de cette mélodie, accompagne ce changement prôné. L’année 2017 avait connu son lot de mouvements contre la gangrène qui ronge notre société (marche contre la corruption, revendication exigeant la lumière sur l’affaire PetroCaribe).

Face à cette réalité, l'artiste se pose une question essentielle : Peut-on se risquer à clamer « Ayiti sou wout chanjman » ? De quel changement parle-t-on? Changement de gouvernement? changement de situation économique pour une minorité ''zwit''?

La vie n'est plus vivable ces jours-ci, la corruption se métastase dans la société. Bastia souligne dans sa méringue en rotation dans les médias la forte migration des jeunes vers des cieux plus cléments : Chili, Brésil, Etats-Unis, République dominicaine, etc. « Leta pa wont, Leta sanwont tout jèn yo fin al Chili... ». Les jeunes du pays crèvent au soleil. Ils n'ont que la misère à l'horizon. Ils fuient Haïti comme on fuit la peste.

Que dit, que fait l’Etat face à cette hémorragie ?

Bastia exprime sa frustration en sortant du lot. Dans le flow de l'artiste, se répand une coulées de vérité qui happe la conscience collective. " Nou pa wè boujwa fè dekabès pandan manje ap kwit san grès"

Manifestement, un cocktail de thèmes frappe les esprits quand il scande corruption, irresponsabilité de l’Etat, l'ignorance, bref, le mal-être de tout un peuple qui a oublié de vivre.

N'est-ce pas que l'Haïtien est un peuple qui chante, qui danse et qui rit en même temps, pour reprendre le sociologue haïtien Jean Price Mars. En ce sens, Guerchang, sociologue de son état, fait le choix d'un sujet brûlant d'actualité qui charrie un vague à l'âme qui fait quand même tanguer et danser. La mélodie dans ses intentions est magnifiquement engagée dans ses expressions. Tout un art. L’art dans son ensemble n’est pas une création sans but qui s’écoule dans le vide. C’est une puissance dont le dessein est le développement et l’amélioration de l’âme humaine.

A l'heure du carnaval, la hiérarchie est renversée, toutes contraintes qui s'exerçaient dans l'année s'évanouissent. "Sur les ailes du temps, la tristesse s'envole, le temps ramène les plaisirs", aurait dit La Fontaine, ce fabuliste qui corrigeait les moeurs en riant. "Castigat ridendo mores''. Vive le carnaval !

Mariah C. Shéba BAPTISTE maria.mcsb52@gmail.com Auteur
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