Le Marché du Travail en Freelance est ouvert aux Haïtiens

Que disent les chiffres? Alors que des jeunes et de professionnels laissent Haïti, dans la plupart des cas pour des raisons économiques, beaucoup d’Indiens et de Bangladais restent chez eux et profitent du freelancing qui est une opportunité de travail. Cet article traite de l’offre et de la demande de contrats sur ce marché, montrant qu’il est aussi accessible aux Haïtiens.

Publié le 2018-02-02 | Le Nouvelliste

Economie -

Bien que, dans les médias haïtiens, l'emploi ne soit pas un thème aussi prisé que le taux de change et l’inflation il demeure néanmoins important, pouvant être un indicateur du niveau de bien-être de la population. D’ailleurs le départ des jeunes haïtiens pour le Chili est souvent justifié par le manque d’emplois en Haïti. Il en est de même des professionnels qui partent pour des pays occidentaux, comme le Canada. Et pourtant, avec le support de l’internet, beaucoup de gens travaillent pour des employeurs d’autres pays sans pour autant voyager. Ces opportunités, sont-elles accessibles aux haïtiens ?

Le freelance est un travailleur indépendant, comme un consultant indépendant par exemple. Le marché qui m'intéresse, dans cet article, c'est celui du freelancing en ligne. Il s'agit d'un marché géré par des plateformes sur lesquelles des entreprises (il peut s’agir de personnes aussi) peuvent offrir des contrats (ce sont des offreurs) et des professionnels aussi bien que des entreprises de services professionnels (des demandeurs) en recherchent.

En général, sur une plateforme de freelancing l’offreur ne s’intéresse pas à trouver un collaborateur avec lequel il aura un contact face-à-face. Lorsqu'un professionnel obtient un contrat, il ne se rend pas nécessairement dans l'entreprise. Les travaux sont généralement réalisés à distance et remis en ligne. C’est pourquoi, sur une plateforme de freelancing, les offreurs et les demandeurs qui résident dans différents pays arrivent à collaborer.

Récemment, l’Université d’Oxford, à travers son projet iLabour, a commencé à collecter régulièrement des données sur l’offre et la demande de contrats en freelance. Ces données concernent six plateformes anglophones qui représentent 60% du marché. Des enquêtes sont réalisées au sujet du freelancing depuis quelques années, notamment celles de Upwork and Freelancers Union aux Etats-Unis, qui permettent de suivre l’évolution du marché. Les données collectées par l’Université d’Oxford seront utilisées dans cet article, pour montrer l’accessibilité du marché du freelancing à tous, incluant les haïtiens. Celles dont je dispose couvrent la période allant du 20 juillet 2016 au 29 janvier 2018.

Sur le marché du freelancing, l’offre de contrats a pris une importante expansion en 2017. Après une diminution des offres vers la fin de l’année, elles tendent à augmenter depuis le début du mois de janvier 2018. Cette évolution de l’offre peut être observée dans la figure 1 qui présente un score de l’offre. Je l’ai calculé en divisant le nombre d’offres journaliers par la valeur la plus élevée. Bien que l’évolution de l’offre présentée dans l’article ne concerne pas le marché du freelancing dans son ensemble, elle permet d’avoir une idée de la tendance sur ce marché. Les offres des employeurs tendent à augmenter.

La figure 2 présente les 20 premiers pays offreurs de contrats en freelance. Les cinq plus importants sont les Etats-Unis, le Royaume Uni, l'Australie, le Canada, et l'Inde. Les offres s’orientent surtout dans le domaine de la technologie et du développement de logiciels. Mais, une offre existe dans d’autres domaines, comme la rédaction et la traduction, le support à la vente et au marketing (voir la figure 3) etc.

En ce qui concerne la demande de contrats, les pays qui disposent des effectifs les plus élevés de travailleurs actifs sur les plateformes considérées sont l'Inde, le Bangladesh, le Pakistan, les Etats-Unis, le Royaume Uni et les Philippines (voir la figure 2). Ces six pays se partagent 73.79% de la demande de contrats en freelance. Le nombre de demandeurs de contrats en freelance, en provenance d'Haïti est si faible que son poids sur le marché est quasi-nul. Mais, est-ce que des haïtiens peuvent profiter de ce marché du travail en freelance?

Le marché est ouvert à tous ceux qui le souhaitent. L'inscription sur les plateformes est généralement gratuite. Une fois inscrit, le freelance a accès aux offres de contrats et peut y répondre en soumettant des propositions. Il existe déjà sur ce marché une demande de contrats en provenance de professionnels d’Haïti. Cependant, elle émane surtout des informaticiens. En fait, toutes les demandes de contrats des freelances d’Haïti, pour les données de l’Université d’Oxford, se retrouvent dans la catégorie Téchnologie et Développement de Logiciels. En considérant les domaines pour lesquels une offre existe, il y a des opportunités pour d’autres professionnels d’Haïti. D’ailleurs, certaines des offres, comme la saisie de données, n’exigent pas beaucoup de compétences.

Bien qu’il soit ouvert à tous ceux qui s’y intéressent, le marché du freelancing est très concurrentiel, surtout pour les travaux qui exigent des compétences techniques. Pour certains travaux les offreurs sont très sélectifs, recherchant des profils expérimentés et certifiés. Les offres peuvent provenir d’étudiants aussi bien que d’institutions publiques ou privées. C’est pourquoi les salaires proposés varient aussi, en fonction de l’ampleur du travail à réaliser et du profil de celui qui offre le contrat.

La langue constitue aussi un élément important à considérer par les haïtiens qui veulent travailler en freelance. En fait, la principale langue de ce marché est l'anglais. Parmi les plus grands offreurs de contrats, seulement le Canada et la France sont francophones, pour les plateformes considérés par le projet iLabor de l’Université d’Oxford, sachant que même les professionnels canadiens francophones maîtrisent généralement l’anglais. Des offreurs de pays non anglophones postent généralement des offres en anglais, afin d’augmenter leur chance de trouver les meilleurs profils. Ils évitent ainsi de se limiter à un petit groupe de professionnels.

Le marché du freelancing est certes ouvert aux haïtiens, comme c’est le cas pour les indiens et les bangladais qui en profitent depuis des années. Cependant, étant un marché où la demande est très élevée par rapport à l’offre de contrats, le freelance est quelqu’un qui fait continuellement une mise à jour de ses compétences. D’ailleurs, l’enquête de l’année 2017 de Upwork and Freelancers Union révèle que les freelances sont plus enclins à mettre à jour leurs connaissances et compétences que les autres travailleurs. Oui, le marché du travail en freelance est ouvert à tous, incluant les haïtiens. Mais celui qui s’y s’intéresse doit s’accorder du temps et un peu de ses revenus pour se former.

Evidemment, ce n’est pas le freelancing en ligne qui viendra résoudre le problème du chômage en Haïti…

Dr. Raulin L. Cadet cadetraulin@gmail.com Auteur
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