L’entrepreneuriat et l’innovation font-ils bon ménage en Haïti ?

Les transferts en recherche et développement font partie des conditions nécessaires au développement de l’entrepreneuriat. L’innovation, facteur de la croissance économique selon la théorie endogène, découle essentiellement de la recherche. L’innovation est donc l’utilisation ou l’intégration de nouvelles connaissances acquises venant de la recherche dans notre savoir-faire. Cet article fait partie d’une série que l’auteur entend publier sur la problématique de l’entrepreneuriat en Haïti.

Publié le 2018-02-01 | Le Nouvelliste

Economie -

Seulement l’activité entrepreneuriale basée sur l'innovation (brevet) est positivement corrélée avec la croissance économique, selon une étude de l’OCDE sur 22 pays sur la période 1980-1995. En effet, les entrepreneurs ne sont pas tous des sources d’accroissement de la prospérité. Effectivement, la création d’emplois ne rime pas nécessairement avec la croissance économique.

L’innovation et l’entrepreneuriat sont considérés comme des moteurs fondamentaux de l’économie. Les principaux penseurs de la théorie de l’entrepreneuriat le voient comme la capacité à introduire des innovations.

Pour les nouvelles entreprises ou encore des startups, confrontées à un environnement hostile ou concurrentiel dominé par les grandes entreprises, l’innovation est souvent une condition de survie. Cette dernière peut constituer un aspect essentiel des stratégies concurrentielles pour conquérir des parts de marché. L’innovation augmente la productivité et apporte de la valeur ajoutée.

L’innovation est l’utilisation ou l’intégration des nouvelles connaissances acquises venant de la recherche dans notre savoir-faire. C’est donc à travers l’innovation que la recherche trouve toute son utilité dans l’activité économique.

Pour qu’un changement dans les produits ou fonctions d’une entreprise soit considéré comme une innovation, celui-ci doit être nouveau pour l’entreprise ou entraîner une nette amélioration. Un produit ou une méthode peut être une innovation pour une entreprise et non pour une autre.

L’innovation peut découler des centres de recherche, l’université, ou l’interaction avec d’autres entreprises étrangères ou de la présence de personnel qualifié sensible aux nouvelles technologiques ainsi qu’une structure organisationnelle de l’entreprise propice à l’intégration de la connaissance. Cependant, la recherche est presque inexistante, la non-valorisation du capital humain est un fait.

Haïti est classée 136 en innovation sur 153 pays d’après le classement « Best Countries for Business » en 2017.

Haïti regorge d’entrepreneurs. Les gens créent des activités en raison de l’absence d’emplois alternatives. Leurs activités sont dénuées d’innovation. Sans innovation, ils n’arriveront pas à subsister à la concurrence des grandes entreprises établies. Les nouvelles entreprises ne seront pas de taille à résister à l’environnement économique haïtienne aussi hostile. Les entreprises disparaîtront avant même d’arriver à maturité. Les emplois seront fragiles et très peu rémunérés. On passera très loin des résultats escomptés sur la croissance et l’emploi.

Toutefois, pour un entrepreneuriat innovant, il faut valoriser et soutenir des idées innovantes. Protéger les idées nouvelles à travers des brevets, et assurer aussi le respect de la propriété intellectuelle.

Enfin, il faut surtout arriver à cerner le terme « entrepreneur » puisqu’il ne suffit pas d’avoir une entreprise à gérer, pour s’autoproclamer entrepreneur. Il faut mettre sur pied des politiques pour encourager les pôles d’activités propices à la croissance, plutôt que des milliers de startups non productives éparpillés de façon aléatoire. Sinon, les succès seront rares, momentanés et isolés. L’impact sur la croissance et l’emploi serait parfois négatif.

Pourtant, les centres de formation (école, université, etc.) sont en crise récurrentes en Haïti, mais les séminaires de formation en entrepreneuriat s’enchaînent comme jamais. La formation des gens en entrepreneuriat peut-elle développer des entrepreneurs innovants ?

Le capital humain est une obligation pour développer la base de compétences et d’innovation dans l’économie haïtienne. Pour l’apparition de nouveaux entrepreneurs, il faut favoriser l’existence d’un flux de connaissances pour que des opportunités de profits soient exploitées par les entrepreneurs. Le développement de l’entrepreneuriat ne peut se faire sans la mise en place du développement du capital humain et des compétences. En ce sens, les centres de formation et de diffusion du savoir sont donc fondamentaux.

L’entrepreneuriat en Haïti ne peut se faire sans assise du savoir et de l’information.

Références - Groupe de la Banque africaine de développement (2011) : Rapport sur le développement de l’Afrique [4] - Bouabdallah et Zouach, 2005 : Entrepreneuriat et développement économique, Cahiers du CREAD numéro 73, pages 9­29[4] International Journal of Innovation and Applied Studies ISSN 2028-9324 Vol. 6 No. 3 July 2014, pp. 677-690 © 2014 Innovative Space of Scientific Research Journals http://www.ijias.issr-journals.org/
Anderson Tibeaud, tibanderson92@gmail.com Economiste Auteur
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