Tebo a orienté son travail d’artiste récupérateur

Publié le 2018-01-29 | Le Nouvelliste

Culture -

Wébert Lahens

David Thébaud ( plus connu sous le nom de Tebo) a réorienté son travail d’artiste récupérateur dominé, d’une manière générale, dans toutes ses récentes expositions, par la récupération écologique. Sa préoccupation, c’est rendre la ville plus propre, débarassée de ses déchets.

Dans son exposition à la villa Thérèse, à Nérette, Tebo s’est accroché à une autre source d’inspiration : la nature humaine. Son travail prend ainsi une autre dimension, une autre allure. De plus en plus, les artistes se rapprochent de l’homme comme centre de l’oeuvre d’art après avoir, pendant un temps, « tué » l’élément humain. Les œuvres d’art deviennent plus réalistes, plus vivantes, plus humaines.

C’est ce sentiment qui nous traverse au vernissage des œuvres de Tebo à la villa Thérèse. « Nature humaine et impacts idéologiques ». Tel serait le thème dominant, selon notre perception. L’artiste récupérateur, un militant idéologique - sous l’angle écologique, continue d’accompagner ses démarches sur le plan humain et idéologique.

Comme les autres récupérateurs, il tire sa matière première de la rue, de l’environnement, des déchets, mais il ajoute une touche personnelle : il peint ses pièces. Il fait passer un message d’un autre genre. Quelques problèmes de la société haïtienne l’interpellent : la justice. Un peuple aspirant à la démocratie, sans justice, se trompe d’orientation. Libération : la population aspire à sa libération totale. Et des titres en créole traduisant les véritables prises de position de l’artiste : Ann rassemble (44’x20’), Gade m nan je (39x241/2’). Cette œuvre me touche par son dépouillement et son expression.

Le regard de l’autre nous gêne souvent et nous interpelle. Troubadou, une grande œuvre par ses dimensions (91 ½ x 40 1/2 ) où l’artiste jette un regard sur la vie des musiciens dans cette catégorie sociale. Il nous rappelle aussi quelques instruments dont on ne se sert presque plus : manouba, par exemple. Enfin, la pièce vedette : Emancipation (52’x32’) traduit l’aspiration du récupérateur peintre.

Tebo ne cache pas ses méthodes de travail aux autres artistes. Il fonda, en 2010, une école d’audiovisuel pour encadrer des jeunes, après le séisme. Au départ, ils étaient trois cents environ, à Nérette où il habite. Aujourd’hui, ils ne sont pas plus de quinze après cinq ans de formation (2010-2015).

L’artiste récupérateur entend faire école dans sa communauté pour créer d’autres récupérateurs capables de participer à l’évolution de l’art en Haïti.

Tébo, pour cette exposition, avait deux invités : Myke et Guyodo.

Myke Joseph Surpris, artiste peintre, travaille aussi sur une nouvelle vision pour l’éclatement de la peinture haïtienne. Quant à Guyodo (Frantz Jacques), il a exposé une œuvre de récupération avec télévisions et ordinateurs. En outre, à Kalewès, il devait donner une conférence sur l’art de la récupération, en compagnie de Mme Mireille Pérodin Jéròme, et ouvrir une expo de ses propres œuvres.

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur
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