Qu’avons-nous fait des milliards de la diaspora ?

Publié le 2018-01-23 | Le Nouvelliste

Editorial -

Alors que la République dominicaine renvoie jour après jour des Haïtiens dans leur pays, alors que le président Donald Trump multiplie les gestes d’inimitié envers Haïti, il est temps de se demander, en plus du drame humain que chaque retour forcé peut provoquer, quelles répercussions financières pour le pays auront les changements de politiques migratoires de nos meilleurs amis.

25% du produit intérieur brut de la République d’Haïti provient des transferts de la diaspora. Pour certains observateurs, l’apport de nos compatriotes vivant à l’étranger est supérieur à ce pourcentage. Les transferts pour les grosses dépenses ne passent pas par les circuits réguliers. Ils se font de la main à la main pour payer mariages, enterrements, achats de maison, de terrain, projets de construction.

Les Haïtiens de l’étranger nous inondent de leur argent. Chaque jour. Depuis des années. Et chaque Haïtien vivant hors d’Haïti a, un jour, si peu soit-il, transféré de l’argent au pays natal.

Le change en vit. Les banques en vivent. L’État en profite. Des centaines de milliers de nos compatriotes vivent en attendant le prochain avis de réception de fonds.

Hier, c’était la visite d’un agent de la Hatrexco, aujourd’hui, un simple appel de celui qui a utilisé l’une ou l’autre des grandes multinationales, qui occupe le haut du lucratif marché des transferts en Haïti, suffit. Discrètement, dans l’un des milliers de points de service, on récupère l’argent, et la belle vie, payée par le parent ou l’ami parti, prend forme.

Si le secteur privé a su très vite capter les millions, puis les milliards de la diaspora, l’État haïtien se contente de faire payer par ses enfants prodigues, partis chercher fortune ailleurs, ce qu’il ne peut pas offrir à ceux restés sous sa responsabilité.

Aucun projet, aucun programme, aucune initiative ne cherche à se servir de l’argent de la diaspora comme d'un levier pour construire plus que ce que les ménages réalisent. Les taxes ou redevances introduites par le président Michel Martelly sur les appels téléphoniques et sur les transferts devraient remédier à cela. Pour le moment, le bilan des retombées de ces fonds sur l’éducation est encore à faire.

Georges Anglade regrettait que l’État n’arrive même pas à imposer l'exigence de la qualité aux écoles et aux universités fréquentées par les enfants de la diaspora. Le géographe-penseur déplorait que nous n’aidions même pas la diaspora à bien investir son argent dans le secteur de la construction. Haïti n’offre pas non plus des portefeuilles d’investissements sûrs à ses fils de l’étranger. Personne n’a prêté attention aux recommandations de celui qui avait théorisé le concept de 10e département pour parler des Haïtiens de l’extérieur.

Le Ministère des Haïtiens vivant à l’étranger, de sa création à aujourd’hui, est toujours une coquille vide. La politique migratoire haïtienne n’est toujours pas écrite. Les Haïtiens continuent de partir et ceux restés au pays continuent d’attendre leurs transferts. Sans que les millions comme les milliards se transforment en développement.

Ici, l’argent de la diaspora part en fumée tout simplement. Nous ne lisons même pas les signaux de fumée qui indiquent qu’un jour, le flot des transferts risque de tarir parce qu’un pays ami change de politique d’accueil.

Frantz Duval
Auteur
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