*La démocratie de l’État ou l’état de la démocratie en Haïti : Le Parlement en question.*

Publié le 2018-01-26 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

La chute de Jean-Claude Duvalier en février 1986 et l’adoption de la Constitution de 1987 marquent l’avènement d’une nouvelle ère politique dans l’histoire du peuple haïtien : la démocratie. Celle-ci se veut une forme de modernisation politique.

Ainsi, sans se soucier des conséquences d’un tel système, le peuple haïtien l’a choisi comme nouveau système politique, laissant derrière lui les tares et les méfaits de la dictature des Duvalier. Cependant, le fait d’adopter une constitution qui se veut démocratique fait-il de l’État haïtien un État démocratique ? Comment se manifeste cette démocratie en Haïti ?

Venant du grec demokratia, formé de dêmos, « peuple », et de kratos, « pouvoir », le terme démocratie désigne le plus souvent un régime politique dans lequel les citoyens ont le pouvoir. Abraham Lincoln dans son discours de Gettysburg définit la démocratie comme étant « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Cette définition reste susceptible d'interprétations différentes, aussi bien quant à la signification concrète de la souveraineté populaire que pour dans application pratique.

Ainsi, la distinction entre ce qui est une démocratie et ce qui n'en est pas fait débat, aujourd'hui encore, il n'existe pas de définition communément admise de ce qu'est ou doit être la démocratie. Jean-Jacques Rousseau, dans du Contrat social, considère que la démocratie ne peut être que directe : « La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu'elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne se représente point » (1). John Dewey, philosophe américain, nous dit que celle-ci est avant tout une manière de vivre (2).

D'autres, dont Karl Popper, définissent la démocratie par opposition à la dictature ou la tyrannie. Dans son ouvrage ‘’La société ouverte et ses ennemies, 1979’’, il considère qu'un régime est démocratique s'il permet aux citoyens de contrôler ses dirigeants et aussi de les évincer sans recourir à la violence. Certains penseurs contemporains, tels Cornelius Castoriadis ou Jacques Rancière, considèrent que les démocraties représentatives ne sont que de pseudodémocraties, où le peuple est dans les faits dépossédé du pouvoir politique.

Pour le professeur Montferrier Dorval, on ne peut pas parler de démocratie sans voir la notion d’Etat de droit, car toute société démocratique se veut une société de droit, une société où la règle de droit est appliquée. La démocratie est le pouvoir du peuple et exige le respect d’autrui, le respect des lois de la République.

De toutes ces considérations peut-on considérer Haïti comme une société démocratique ? Comment se manifeste cette démocratie ?

La Constitution haïtienne privilégie les élections comme le mode de renouvellement du personnel politique, et ceci laisse automatiquement désirer qu’Haïti est un pays démocratique sans se soucier que les élections soient une constante dans la démocratie, l’un des différents mécanismes de la démocratie. En aucune façon, le renouvellement du personnel politique par les élections ne saurait engendrer l'idée qu'Haïti est un État démocratique sans voir le fondement de la gestion même du pays. Le pays est-il bien géré ?

Qu’elle est la relation qui existe entre les trois pouvoirs de l’État ?

Selon Montesquieu, une société est démocratique s’il existe une harmonie parfaite entre les trois pouvoirs de l’État. L’indépendance des pouvoirs de l’État doit être une garantie. Dans ce cas, peut-on parler de démocratie en Haïti si l’équilibre des trois pouvoirs n’est pas respecté ? Peut-on parler de démocratie si le pouvoir judiciaire est vassalisé par les deux autres pouvoirs ? Peut-on parler de démocratie si le Parlement haïtien est devenu un repère de bandits et de nuls ? Peut-on parler de démocratie si le pouvoir exécutif ne dirige qu’à son gré en utilisant des pots-de-vin pour corrompre des parlementaires ? Le Parlement haïtien n’est-il pas la manifestation du déclic ou de la déchéance de la soi-disant démocratie en Haïti ?

Depuis quelque temps, le Parlement haïtien est considéré par plus d’un comme une sorte de repaire de voleurs, de bandits notoires, de « déportés » et drugs dealer. Certes, il y a des « bon grenn » au Parlement mais ils sont broyés pour la plupart du temps par les « move grenn », qui, souvent, ont la voie au chapitre. La république débourse une fortune pour prendre soin de paresseux, d’incompétents et d’insouciants. Leur génie réside uniquement dans la cupidité. Ils œuvrent que pour satisfaire leur ego sans se soucier de la population pauvre qui patauge dans la misère et la crasse. Ils sont toujours en train de comploter soit au sein d’un bloc majoritaire, minoritaire soit de façon individuelle. Triste réalité, mais c’est un fait ! Certains parlementaires sont comme des rats, ils fouinent partout dans les ministères et dans les directions générales, martèle un ancien ministre de la République.

Devant une telle situation, peut-on parler de pouvoir législatif en Haïti ? Comment le Parlement haïtien peut assurer efficacement sa mission de contrôle alors que ce sont les députés et sénateurs qui proposent des noms à l’exécutif pour des postes de ministres et de directeurs généraux ? Comment le pouvoir indépendant, que doit être le Parlement, peut accepter de fonctionner suivant les dictées d’un président de la République ?

La situation est révoltante et choquante. Le pire vient de se produire au Sénat de la République, lorsque la totalité des postes de gestion vient d’être dénichée par le groupe PHTK et alliés. Les sept postes du bureau sont entre leurs mains et un hold-up vient d’être fait sur les seize commissions. Pas même une seule n’est laissée à la charge de l’opposition présent au grand Corps. Même cas de figure au niveau de la Chambre des députés.

Selon le groupe des quatre sénateurs, ce comportement avare du groupe PHTK et alliés est une violation systématique non seulement de la loi mère, mais des articles 13 et 204 du règlement intérieur du Sénat et des articles 26, 27, 28-1 et 28-2 de la loi sur les partis politiques.

Tout ceci prouve donc qu’on est arrivé à un niveau de banalisation de l’État le plus abjecte. Le pays est dans une impasse démocratique où la pensée unique prime. Le Parlement, haut lieu de débats contradictoires, est de nos jours un espace galvaudé, épuré de son sens d’honorabilité et de grandeur. Il est réduit à sa plus piètre dimension. Car aucun contrôle ne va être porté sur les actions du gouvernement. Le pays est livré aux tigres du désert !

Néanmoins, nous osons espérer que demain sera meilleur et que le peuple haïtien va sortir de sa transe pour prendre en main son destin. On ne peut plus continuer à nous laisser mener en abîme par une bande d’incompétents et de mercenaires. On ne peut plus accepter que le pays soit dirigé de la sorte par des slogans et promesses. Un pays se construit suivant des objectifs et directives, avec des politiques publiques. Que la population se mette debout pour exiger un autre pays, que la jeunesse cesse donc de fuir le pays pour revendiquer leurs droits et réclamer leur intégration dans la vie sociale, politique et économique du pays. Que la dignité nationale soit rétablie, que la démocratie soit une réalité et non une utopie. Qu’Haïti vivra !

*Dahney CORIELAN, sociologue- avocat*

*Citoyen indigné*

1.- Rousseau, Du contrat social, livre III, chapitre 15 2.- John Dewey (trad. Sylvie Chaput), « La démocratie créatrice, la tâche qui nous attend (Creativedemocracy - The Taskbefore us). Texte d'une conférence préparée en 1939 par Dewey à l'occasion d'un congrès organisé en l'honneur de ses 80 ans », Horizons philosophiques, vol. 5, no 2, 1997 3.- Le règlement intérieur a été amendé afin de créer le poste de vice-questeur.
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