Legs et Littérature : réflexions sur la critique littéraire

La revue de littérature contemporaine Legs et littérature a sorti son dixième numéro sur la critique littéraire. Ce « spécial » illumine les marches du discours critique. Un travail de mise à jour. Des spécialistes de la critique, des chercheurs, des professeurs de littérature contemporaine, des écrivains, tous ont émis leurs points de vue sur la question.

Publié le 2018-01-31 | Le Nouvelliste

Culture -

Dieulermesson Petit-Frère, l’éditorialiste, a ramassé les divers points de vue en insistant sur la manière traditionnelle de critiquer les œuvres en Haïti, depuis le XIXe siècle avant d’étaler la nouvelle critique dans ses formes multiples. Il a mis l’accent, en ce sens, sur le travail de deux professeurs de littérature, Nadève Ménard et Darline Alexis, à savoir la pertinence de leur dialogue, comme au temps des Anciens, sur la critique littéraire en Haïti. Sans omettre l’analyse de deux autres critiques : le docteur Alix Emera sur la figure de Dessalines dans la littérature haïtienne et le docteur Eddy Arnold Jean sur l’œuvre de Jean-Claude Fignolé. De son lieu de critique littéraire, il a parcouru le cadre théorique de l’évolution de la critique dans le monde et dégagé les deux formes que prend la critique à l’heure actuelle.« De nos jours, la critique textuelle ou analytique qui privilégie le texte et la langue – donc le signe linguistique (...) - et la critique gnostique axée sur une esthétique de la réception (...) se présentent comme des courants qui dominent le champ de la critique», a souligné l’auteur de l’essai « Haïti : littérature et décadence. Études sur la poésie de 1804 à 2010 ».Plus loin, il s’interroge sur l’essence même de la chose critique afin de « savoir avec quels outils évaluer et apprécier une œuvre littéraire ».

Dans ce nouveau numéro, le travail des critiques journalistes est souligné : Ceux-ci, soit par amitié, soit pour une autre raison, présentent des œuvres parues dans la littérature haïtienne. Ce sont les premières alertes sur la parution d’une œuvre littéraire.

Le travail du docteur Eddy Arnold Jean sur l’œuvre romanesque de Jean-Claude Fignolé propose une autre vision de ce talentueux romancier de la cité des Poètes. Son œuvre doit être, selon lui, abordée comme un ensemble, un tout dégageant une parole complexe. La réflexion du docteur Alix Emera sur Jean-Jacques Dessalines met en avant le côté ambivalent du personnage dans la littérature haïtienne. L’auteur a montré, après plus de quarante ans de silence sur ce personnage historique, comment les créateurs, les écrivains, les poètes l’ont représenté ou présenté dans leurs œuvres. Il cite, par exemple, la pièce de Liautaud Ethéard : « La fille de l’Empereur » (1860). L’Empereur avait en tête, pour symboliser l’indépendance, de marier sa fille Célimène au général Pétion ; mais son entourage l’a bafoué. Il est sorti furieux, de cette expérience. « Le général en chef accuse ses proches de trahison ».

Comment passer sous silence les propos de l’écrivaine Yanick Lahens ? Recueillis par Mirline Pierre, la rédactrice en chef de la revue, ces propos ont abordé un problème sérieux dans le monde des critiques littéraires en Haïti, à savoir le risque encouru par les critiques et la méfiance dont ils sont l’objet. L’auteur de « Douces déroutes » précise « qu’il y a toujours eu de la part de certains auteurs comme de certains écrivains une méfiance vis-à-vis des critiques littéraires. Mais, avec ce qu’on a appelé le recul des idéologies, on a assisté à un affadissement progressif du rôle des intellectuels pendant toute une période jusqu’à aujourd’hui ». D’autres articles tout aussi importants soulèvent des problématiques sur des thèmes clés ou à l’ordre du jour dans les milieux universitaires. Dieulermesson Petit-Frère a abordé les questions de violence et de genre dans deux romans de Yanick Lahens. Jean-James Estépha a réfléchi sur le rôle et le sens des préfaces dans les essais haïtiens. Mirline Pierre est revenue sur la portée de l’Occupation et la valeur de l’indigénisme haïtien. Marie-Josée Desvignes, pour sa part, a proposé une longue étude de « La marquise sort à cinq heures » de Frankétienne.

Divisé en six parties, le numéro a bénéficié d'articles des contributeurs étrangers de la Martinique, de la Guadeloupe, des États-Unis, du Canada et du continent africain. Citons, entre autres, l’analyse de Faustin Mvogo sur « L’Otage » ou le travail de Mourad Loudiyi sur « French Dream » de Mohamed Hmoudane. Nous apprécions l’étude du professeur de l’Université de Binghamton, Carol F. Coates sur l’œuvre de Jacques Stéphen Alexis. Une nouvelle approche de l’œuvre du romancier haïtien.

Ce numéro de la revue Legs et Littérature a paru grâce au soutien de la Fondation connaissance et liberté (Fokal), l’Institution éducative Notre-Dame (Inend), le journal Haïti-Monde. Illustré par l’artiste-peintre Sergine André, il a bénéficié des collaborations de la Galerie Monnin et de la Galerie Festival Arts. C’est un numéro qui a le mérite d’intéresser nos lecteurs. Ceux-là qui s’avisent de pratiquer la critique y puiseront allègrement.

Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur
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