Le cri d’Haïti Dansco à Jacmel

Publié le 2018-01-18 | Le Nouvelliste

Culture -

Le fondateur d’Haïti Dansco, Dieufèl Lamisère, qui avait pris part à un échange interculturel entre artistes haïtiens et dominicains à Santo Domingo en avril 2017, a annoncé, la mort dans l’âme, que sa compagnie de danse se délocalise bientôt pour le Cap-Haïtien, la 2e ville d’Haïti. Il a fait cette annonce à la mairie de Jacmel, le samedi 13 janvier 2018, lors de la remise du Grand prix de la poésie créole Dominique Batraville, organisée par les éditions Pulucià de Jacmel.

Cette annonce a été communiqué après la prestation des danseurs de la troupe devant un public composé en majorité de jeunes et de représentants des coorganisateurs de ce concours : l’Alliance française de Jacmel, l’Akademi kreyòl ayisyen (AKA), l’Université publique du Sud-Est, la mairie de Jacmel et le journal Le National.

Rencontré à Meyer, dans le fief de la compagnie, au lendemain de cette déclaration fracassante, Dieulfèl a déclaré : « Je quitte difficilement Jacmel où j’ai implanté Haïti Dansco depuis 2012. » Assis devant une longue table dressée dans la cour où il accueille ses convives, le regard lassé, il montre une piste de danse aménagée dans la cour de la maison où il vit. Cet espace est le lieu de rendez-vous depuis six ans des jeunes qu’il forme. « On laisse Jacmel. On ne va ni au Chili ni au Brésil, on va s’installer au Cap-Haïtien. Là où on saura nous apprécier », se désole-t-il autour d’une grande table où il prend un repas avec les jeunes danseurs et quelques amis.

« Ces danseurs que vous voyez-là sont tous originaires de la ville de Jacmel. Ils s'entraînent avec moi six jours sur sept durant la semaine. La danse est définitivement devenu un métier pour eux. Ce sont toutefois des professionnels qui survivent », a-t-il dit sur un ton désabusé.

Depuis la présentation en avril de l’année dernière d’Haïti Dansco d’« À la recherche de l’eau » à Casa del Teatro, en République dominicaine, les danseurs ne se jamais produits en public. Sentant que sa passion se dessèche et meurt à force d’attendre, l’artiste pousse un cri retentissant. « Haïti Dansco part parce que seules les Éditions Pulùcia nous ont permis de danser cette année. On n’a pas eu une seule invitation à danser dans une activité à Jacmel », a-t-il signalé.

Dieufèl Lamisère, ce professionnel formé par la troupe Bakoulou d’Haïti d’Odette Winner et la Compagnie de danse Régine Montrosier Trouillot, avait rêvé de reprendre le spectacle « À la recherche de l’eau ». Ce spectacle dans la même veine du roman « Gouverneurs de la rosée » de Jacques Roumain qui participe de l’idée de fraternité et du vivre-ensemble n’a pas fait long feu.

Sans promoteur, Dieufèl est un homme-orchestre comme beaucoup d’artistes haïtiens qui survivent dans le paysage culturel. Les douze danseurs de sa compagnie comptent sur lui pour sortir de Meyer où ils se terrent. Exécuter les danses traditionnelles haïtiennes, l’afro contemporaine et apprendre des techniques qui fusionnent ballet et jazz à nos danses est un bel exploit. Mais arriver à offrir la culture comme un bien de consommation à un public dans une ville de province ne relève-t-il pas d’un plus grand exploit ?

Le PDG des éditions Pulùcia, Ancion Pierre-Paul, assis en face de Dieufèl, dans la grande cour, déplore qu’une ville comme Jacmel n’ait pas de véritables médiateurs culturels pour fructifier cette richesse. « Cette jeune compagnie de danse, en vertu du degré de professionnalisme des danseurs, fait la fierté de notre ville. Haïti Dansco est incontournable. Je suis son parcours depuis sa première série de répétitions. J’accueille très mal cette décision ». Il estime par ailleurs que si une telle compagnie lève l’ancre, c’est parce qu’il manque de mécènes à Jacmel. Selon lui, « il faut investir dans ce secteur parce quel la culture n’est pas la cerise sur le gâteau, il peut être aussi le gâteau si l’on veut bien ».

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