Ayiti mon amour, grande première à Jacmel

Publié le 2018-01-18 | Le Nouvelliste

Culture -

Le soir venu, on s’était retrouvé au stade de Cayes-Jacmel comme prévu. Ce n’était pas tout à fait un stade mais la pelouse était large et verte. Des enfants couraient sur la pelouse, nous les adultes causions debout sous la brise au goût de menthe. On s'impatientait de voir le film de la soirée, Ayiti mon amour, déjà immense succès international, projeté pour cette communauté où il a été tourné.

Quelques minutes ont passé, les gradins se sont remplis. Un homme en t-shirt noir a amené un disque avec lui. Puis une dame en robe blanche est arrivée, a chuchoté quelques mots aux oreilles de l'homme en t-shirt noir, puis s’en est allée en comptant ses pas. Maintenant, la musique s’arrête. L’écran tremble d’angoisse. Quelqu’un annonce quelque chose. Silence, c’est le moment.

On insère le disque dans un lac, une lectrice de disques. On entend une respiration qui monte, qui monte, puis le crac de petites pièces métalliques qui écartent les jambes. Le fichier format blu-ray bouge, le projecteur pousse.

Les premières images nous emmènent sous l'océan. De jolis poissons colorés nagent près des coraux et des grottes marines. C'est la mer de Jacmel. Sublime !

« Arrêtez tout ! ça sort en 4.3, pas le bon format », crie la dame en robe blanche qui semble savoir de quoi elle parle. La projection est interrompue, et devant elle s’affole. Un petit attroupement se forme autour d’elle. On tâte la machine pour ouvrir l’image en 16.9. « Ok, c’est bon », disent-ils presque en choeur. Elle sourit, le film peut commencer.

Ayiti mon amour nous plonge dans l’univers de Jacmel postséisme. On découvre une famille dont le père est parti dans le tremblement de terre, un adolescent en crise d'identité qui touche au mur craquelé, une mère forte qui le comble d'amour. La mer est omniprésente avec sa beauté, sa magie, ses poissons. La mer est le personnage principal. Le film nous promène dans les rues de Jacmel, il nous mène loin en bateau.

Le public reconnaît les acteurs dont plusieurs sont des voisins, de simples pêcheurs ou paysans qui ont accepté de faire un coup d'essai. Jaurès Andris, pêcheur dans le film, pêcheur dans la vie, exulte en voyant les images, il dit être « heureux de cette expérience ». Ce film ce n'est pas tant une histoire mais une lettre d'amour à une communauté, à Jacmel.

A la fin, le disque reprend son souffle et les applaudissements fusent de tous les côtés.

Premier long métrage fiction de la réalisatrice Getty Félin, ce film projeté en Haïti pour la toute première fois ici à Cayes-Jacmel lors des rencontres cinématographiques Lumière du Sud est déjà un succès international. 78 minutes. Le film est tourné en Canon 7D ! Déjà plusieurs prix et une présélection aux Oscars dans la catégorie Meilleurs films étrangers. Le film est merveilleux comme un conte. Le sujet du film est sa beauté.

Dumas Maçon dumasmacon@gmail.com Auteur
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