Quel type d’aide voulaient les Haïtiens après le séisme de 2010 ?

Publié le 2018-01-12 | Le Nouvelliste

Economie -

Le 12 janvier 2018, Haïti Commémore le huitième anniversaire du séisme dévastateur qui a ravagé Port-au-Prince et d’autres villes environnantes. Cette tragédie, d’une ampleur inégalée, a entraîné de nombreuses pertes en vie humaine et des dégâts matériels considérables. Le séisme a donné lieu à un déferlement massif de l’aide internationale en faveur d’Haïti. Dans un élan de solidarité, le monde s’est mis au chevet du pays. Haïti, ayant été incapable de satisfaire les besoins de ses fils, à ce moment particulièrement difficile, l’aide internationale s’est révélée vitale pour les survivants du séisme. Huit ans après le séisme, il est opportun de se questionner sur les leçons apprises de cette tragédie. L’aide fournie aux survivants correspondait-elle à leurs vrais besoins ?

Pour tenter de répondre à cette question, j’ai conduit en juillet 2010 une étude sous la supervision du professeur Jayson Lusk de Oklahoma State University (actuellement responsable du Department Agricultural Economics à Purdue University). Cette étude visait à aider à comprendre les besoins prioritaires exprimés par les survivants du tremblement de terre eux-mêmes et de voir dans quelle mesure l’aide fournie correspondait à ces besoins.

« Aid relief values in Haiti after the earthquake : Haitians’ preferences for food and other basic commodities »* (Valeur de l’aide humanitaire en Haïti après le séisme : préférence entre l’aide alimentaire et d’autres types d’aide), tel a été le sujet traité. Les autres types d’aide considérés étaient les soins sanitaires, le logement, de l’argent cash et l’eau.

À travers ce travail de recherche, nous avons pris le soin de visiter la littérature pour voir comment on a traité la question de l’aide après une catastrophe naturelle dans d’autres pays et dans quelle mesure il y a connection éventuelle avec le cas d’Haïti.

Par exemple, Morris et Wodon (2003) ont étudié la dynamique de l’aide internationale, avec le passage de l’ouragan Mitch au Honduras en 1998. Selon eux, après une catastrophe naturelle, c’est difficile de savoir à qui on doit accorder davantage d’aide. De l’avis de ces chercheurs, même si on n’était pas pauvre avant, avec la catastrophe les besoins augmentent. Ils suggèrent ainsi de fournir l’aide en fonction de ce que les gens avaient comme actifs avant le désastre et ce qu’ils ont perdu, dans une démarche d’efficacité de l’aide. Mais une question fondamentale demeure : comment évaluer les besoins de chaque personne ? Celle-ci est une question pertinente dans la mesure où l’évaluation des besoins individuels en situation d’urgence peut se révéler une mission difficile.

Méthodologie utilisée

Pour connaître la préférence des Haïtiens en matière d’aide humanitaire après le séisme, nous avons réalisé une enquête auprès d’un échantillon de plus de 1000 personnes, choisies de manière aléatoire dans trois villes affectées par le séisme, à savoir Port-au-Prince, Léogâne et Jacmel. L’enquête a été conduite entre juillet et août 2010.

Pour réaliser cette étude, le professeur Lusk et moi avons utilisé une méthodologie relativement récente appelée « best-worst » (en français, Méthodologie Meilleur-Pire). C’est une méthodologie à travers laquelle vous présentez au répondant un ensemble d’options d’aide et à lui de vous dire son premier choix (son préféré) et son dernier choix (le moins préféré). Les répondants ont été recrutés dans les tentes, dans les résidences, dans des hôpitaux, des universités et des marchés publics pour avoir un échantillon diversifié.

Particulièrement à Port-au-Prince, l’enquête a été conduite dans les camps de Champ de Mars, Pétion-Ville Club, place Jérémie, place Sainte-Année et Saïeh. À Léogâne, des interviews ont été conduites à l’hôpital Sainte-Croix et sur la place Anacaona. À Jacmel, les répondants ont été recrutés au parc Pinchinat, le principal camp d’hébergement de la ville.

Les résultats de l’étude montrent que six mois après le séisme, pour plus de la moitié des personnes interrogées (environ 54 %), leur priorité première était d’avoir un emploi, bien que la majorité d’entre eux vivaient encore sous les tentes. Le besoin de logement arrivait en deuxième position (15,26 %), tandis que l’aide sous forme d’argent cash se positionnait à la troisième place (12 %). En ce qui concerne les soins médicaux, ils étaient en quatrième position en termes d’aides prioritaires, tandis que l’aide en nourriture était jusqu’à la cinquième place.

À noter que le temps où l’enquête a été conduite peut avoir joué sur les résultats aussi. Six mois après le séisme (date de l’enquête), les besoins ne sont pas nécessairement les mêmes, comme c'est le cas un mois après cette catastrophe naturelle ou un an après.

En termes d’aide reçue, les trois principaux types reçus étaient principalement l’eau (70 %), la nourriture (68 %) et les soins médicaux (60 %). L’enquête a donc montré une inadéquation entre les besoins exprimés et la nature de l’aide reçue par les survivants du séisme du 12 janvier 2010.

Rock André rockandre@cedelhaiti.org Auteur
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