Le risque du taux de change USD,HTG en 2017

Que disent les chiffres? Une nouvelle chronique prend place dans les pages ‘’Economie’’ du journal intitulée : « Que disent les chiffres ». Animée par le Dr Raulin L. Cadet, cette chronique dont le 1er numéro a été publié dans l'édition du 8 janvier donne rendez-vous chaque vendredi aux lecteurs de Le Nouvelliste pour traiter et analyser chiffres et statistiques liés à l’évolution des indicateurs ou agrégats macroéconomiques locaux ou internationaux. Après avoir analysé dernièrement, les données chiffrées relatives à l’évolution du prix du pétrole sur le marché mondiale depuis la dernière augmentation de mai 2017, Dr Cadet, traitera dans cette deuxième sortie, des fluctuations du taux de change en 2017. Bonne lecture à vous tous !

Publié le 2018-01-12 | Le Nouvelliste

Economie -

En Haïti, le taux de change est le prix le plus suivi par les agents économiques et les médias, très probablement à cause de la dollarisation partielle de l'économie. En fait, les prix de certains produits sont indiqués en dollar. Les magasins dont les prix sont en dollar fixent un taux de change plus élevé que celui du marché. Des transactions se font aussi en dollar en dehors des magasins. C'est le cas pour l'acquisition d'un terrain, d'une maison, d'une voiture d'occasion.

Bien que les revenus réguliers soient généralement payés en gourdes, dans certains cas des honoraires de contractuels et certaines primes sont versés en dollar. Cette dollarisation de l'économie focalise l'attention sur le taux de change. De plus, il est possible que les agents économiques perçoivent le taux de change comme une variable qui agit sur le niveau des prix. Dans les lignes qui suivent, je me propose de regarder comment a évolué le taux de change au cours de l'année civile 2017, comparativement à l'année précédente.

La figure 1 montre qu'en 2017, le taux de change a baissé, comparativement à l'année 2016 où il croissait rapidement. Pour l'année 2016, le taux de change avait augmenté de HTG 18.32 pour USD 1. En 2017, il a décru de HTG 5.52. Entre avril et mai 2017, le taux de change a décru plus rapidement qu'il a cru en 2016. Il est passé de HTG 69.4, le 4 avril 2017, à 62.06 le 2 juin 2017. Le taux de change a donc décru de 10.57% en deux mois. Depuis lors, le taux de change a repris sa tendance habituelle de croissance, mais à un rythme modéré.

La chute rapide du taux de change au deuxième trimestre de l'année 2017 fut certainement une bonne nouvelle pour les consommateurs. Par contre, pour un commerçant qui avait déjà placé des commandes à l'étranger au taux de change élevé, sa chute rapide représentait un risque. En effet, si les prix des produits chutaient sur le marché, à cause des commerçants qui avaient placé leur commande un peu plus tard que lui, avec un taux de change beaucoup plus faible, le premier aurait du mal à maintenir sa marge de profit habituelle. Si ce risque que pouvaient craindre des commerçants se matérialiserait pour certains produits, de manière générale ce ne fut pas le cas. Car, le taux d'inflation mensuel n'a pas diminué au cours de cette période de chute rapide du taux de change (Nous reviendrons sur le taux d'inflation dans un autre article).

En tout cas, une croissance rapide du taux de change constitue un risque pour les agents économiques, pouvant affecter leurs budgets. Il en est de même d’une chute rapide. C'est le risque de change. Plus précisément, le risque de change est le fait que la variation du taux de change, qui est plus ou moins imprévisible, peut réduire la valeur de la richesse qu'un agent économique détient dans une monnaie étrangère. Par exemple, celui qui a importé des produits lorsque le taux de change était élevé pourrait voir ses profits, en gourde, diminués si le taux de change chute et fait diminuer les prix sur le marché. De même, celui qui planifie d'acquérir un produit ou un service dont le prix est fixé en dollar fait face au risque de change. Si le taux augmente, il devra débourser plus de gourdes qu'il le ferait avant cette augmentation.

Pour mesurer et comparer le risque que représentait le taux de change en 2016 et 2017, je calcule l'écart-type pour chacune des deux années. Plus l'écart-type est élevé, plus le taux de change est imprévisible, c'est-à-dire, plus le risque de change est élevé. Lorsque l'écart-type est faible, le prix est plus prévisible, donc plus stable. Dans ce cas-ci, le risque de change est faible.

Le tableau 1 indique que l'écart-type est de 2.59 en 2016 et de 2.67 en 2017. Suivant ses chiffres, le risque de change était plus élevé en 2017 qu'en 2016. C'est surprenant pour des agents économiques qui peuvent percevoir le taux de change comme étant stable en 2017 par rapport à 2016. Pour faire une meilleure comparaison du risque de change, c'est mieux de considérer l'écart-type par mois au lieu de la valeur annuelle.

La figure 2 présente l'évolution mensuelle du risque de change, mesuré par l'écart-type du taux de change. Elle montre que le risque était très élevé au mois de mai 2017, à cause de la diminution brusque du taux de change. A partir du mois de juin 2017, le risque a chuté et s'est relativement stabilisé jusqu'au mois de décembre. Bien que, pris annuellement, le risque de change était plus important en 2017 qu'en 2016, lorsque le risque mensuel est considéré, il était plus faible en 2017 à partir du mois de juin.

Les chiffres indiquent qu'au cours de l'année 2017, le taux de change qui avait atteint HTG 69.4 pour USD 1, a pu être ramené à HTG 62.06 rapidement, pour ensuite se stabilisé autour de HTG 62 et HTG 63 durant le reste de l’année. De plus, contrairement à 2016 où il avait cru rapidement, en 2017 son rythme de croissance a pu être maintenu relativement stable, notamment au cours des deux derniers trimestres. Cette stabilité, sera-t-elle maintenue en 2018? Cette question sera abordée dans un autre article.

Dr Raulin L. Cadet cadetraulin@gmail.com Auteur
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