Huit ans après le séisme du 12 janvier 2010, le système de santé haïtien est à genoux

Huit ans après le tremblement de terre, c’est un euphémisme de dire que le système de santé haïtien n’est pas encore prêt. La vague de financement d’ici et d’ailleurs n’a pas suivi les méandres du temps. Entre 39 % en 2009 et 91 % en 2011, le financement externe a chuté trois ans après le séisme à 26 %. Les Organisations non gouvernementales (ONG) ainsi que le gouvernement sont dans l’expectative, en attendant la prochaine catastrophe.

Publié le 2018-01-11 | Le Nouvelliste

National -

12 janvier 2010, des infrastructures sanitaires aux ressources humaines qualifiées, en passant par la capacité de la population à se procurer des soins de santé de qualité, le système sanitaire haïtien était à genoux. Huit ans plus tard, rien ou presque n’a été fait pour amoindrir la fulgurance de ce sombre tableau.

En 1995, les dépenses en santé étaient de 41% avant de connaître une baisse de 7% en 2013. En 2017, le dernier rapport quinquennal (2013-2017) de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) a relaté qu’Haïti a investi moins de 2% de son produit intérieur bruit en santé au cours des cinq dernières années. Les grandes résolutions et les « plus jamais ça » de l’après 12 janvier n’ont pas trouvé l’écho escompté dans le budget national.

Pour des pays à produit intérieur brut (PIB) inférieur ou égal à Haïti, la part du budget allouée à la santé est plus importante, soit environ 24 % en Ouganda (Afrique de l’Est).

4% du budget national haïtien a été alloué à la santé avant le séisme, après une légère augmentation de 5% en 2011, la part accordée à la santé dans le budget national retourne à 4,3 %. Plus de 90 % du budget est un budget de fonctionnement. Moins de 10 % est investi dans les infrastructures sanitaires.

La reconstruction du plus grand centre hospitalier du pays se fait attendre. Le nombre d’institutions sanitaires ne suit pas la courbe de fécondité avec une disparité béante entre le milieu urbain et le milieu rural. Selon les chiffres de l’Unité d’étude et de programmation (UEP) du Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) publiés en avril 2015, pour un total de 1 048 institutions sanitaires recensées dans le pays, 36,55% se trouvent dans le département de l’Ouest suivies de 13,17 % dans le département de l’Artibonite. Le département du Nord-Est pour sa part accuse un pourcentage de 4,01 % juste avant le département des Nippes à 3,05 %.

Des 1 048 institutions sanitaires, incluant les 8% non fonctionnelles en 2015, environ 75 % sont des dispensaires et des centres de santé sans lits. Sur les 570 sections communales, toujours selon le rapport du MSPP, 25 % sont dépourvues d’institutions sanitaires.

Autre élément à prendre en compte est la capacité des habitants à s’offrir des soins de santé de qualité. L’assurance médicale en Haïti ne couvre pas plus de 4% de la population. Par voie de conséquence, les dépenses publiques de santé par habitant sont de 13 dollars américains par an dans un pays où les besoins de base de la pyramide de Maslow ne sont pas satisfaits. À moins que ces chiffres ne soient le résultat d’un système de santé sous pilotage automatique avec des ministres, des directeurs et des techniciens qui ne font que constater les dégâts.

Selon le rapport des comptes nationaux de santé en 2010-2011, les dépenses de santé par habitant se chiffraient à 62,90 dollars américains par an. Comment et pourquoi, le pays est passé de 62,90 dollars à 13 dollars américains de dépenses en santé par an ?

Du côté des ressources humaines, les chiffres sont sans appel, des 25 professionnels de santé pour 10 000 habitants recommandés par l’OMS, Haïti a une moyenne de 6,5 professionnel en 2009. Huit ans après le séisme, si les institutions augmentent, c’est pour le pire. Dans un article paru dans les colonnes du quotidien Le Nouvelliste le 9 novembre 2017, seules 103 écoles d'infirmières sont reconnues par l’État pour tout le pays. Toujours dans le plus ancien journal d’Haïti, il a été rapporté qu’environ 40 % des médecins formés en Haïti travaillent à l’étranger.

Les grèves successives dans les hôpitaux publics associées à près de 70 % de la population qui n’a pas accès aux soins de santé selon le rapport statistique sanitaire de 2016, dessinent cette caricature dévalorisante de nos femmes qui remplissent les salles de maternité en République dominicaine.

Aucune loi sur l’assurance-santé en Haïti suivant un modèle solide et adapté à la réalité, aucune grande avancée dans la formation des urgentistes, le Centre ambulancier national (CAN) est fermé depuis le 10 juillet 2017. Ce dernier, inauguré en 2012 pour faire face à une éventuelle nouvelle catastrophe naturelle dévastatrice comme ce fut le cas le 12 janvier 2010 a fermé ses portes 5 ans plus tard. A nos jours, le CAN est géré par une cellule d’urgence en attendant la concrétisation du rapport d’évaluation du MSPP annoncée lors d’une conférence de presse en novembre 2017.

Cette liste de défaillances, quoique non exhaustive, vient de mettre à nu un système de santé en mal de budget, de ressources humaines, d’infrastructures sanitaires et surtout de volonté politique pour rendre moins pénible le quotidien des Haïtiens.

Huit ans plus tard, si le pays doit faire face à une nouvelle catastrophe, la santé manquera certainement à l’appel.

Claudy Junior Pierre pclaudyjunior@yahoo.fr Auteur
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