Lancement en beauté du festival de cinéma Lumière du Sud à Jacmel

Une fête. Les rencontres cinématographiques Lumière du Sud 2018 ont été lancées ce mercredi 10 janvier à Jacmel en présence de plusieurs noms du cinéma haïtien et international et du beau public jacmélien.

Publié le 2018-02-02 | Le Nouvelliste

Culture -

Au cocktail de lancement à l’hôtel de ville, chacun savourait ses retrouvailles, les accolades chaleureuses, les bises et les petits pains servis. Au milieu de nombreux éclats de rire, on a vu des étincelles scintiller dans les yeux d’une réalisatrice au cours d'une conversation avec l’ami qui a connu les premières lignes de son projet.

En bas, sur la place Toussaint Louverture, un public prêt à braver la pluie s’est massé petit à petit, formant de simples points d’ombre devant un géant lumineux. La soirée a démarré avec la « projection de Lumière, l’aventure commence » du réalisateur Thierry Frémaux. Le film compile des oeuvres des frères Lumière, souligne le génie de ces hommes qui devaient raconter des histoires en un plan fixe et 50 secondes. Il fallait à chaque fois trouver la juste place pour le cinématographe (aujourd’hui la caméra) et attendre un coup de théâtre. Ces films, musée aujourd’hui, montrés dans des écoles de cinéma du monde entier sont d’une telle splendeur !

Puis a suivi le film Kafou de Bruno Mourral, presque sous la pluie. En levant les yeux, on pouvait apercevoir de fines gouttes de pluie se détacher du ciel, passer devant l’écran, attraper des couleurs puis s’écraser sur des crânes chauves, des montagnes de dreadlocks ou des perruques de femmes. Le film a dû être interrompu un temps. À la reprise, on voyait encore plein de têtes s’agiter à chaque moment de rire du film et les mêmes se figer au coup de théâtre final.

Une des forces du moyen-métrage Kafou est son accessibilité. Le film raconte une histoire simple dans un dispositif technique très poussé. Deux jeunes hommes, noirs, dreads doivent transporter un homme d’âge mûr, un « diaspora » kidnappé à sa descente d'avion. Les transporteurs sont à la solde d’un homme au teint clair, un commissaire de police... Le film peut être lu comme une métaphore de la violence sociale ou de la violence tout court dans la société haïtienne. Le jeu des acteurs est remarquable, par moments tellement prononcé qu'il devient en quelque sorte le sujet du film.

Au bout de la soirée, il y avait ceux qui repartaient la main dans la main, ceux qui prenaient un verre dans des restaurants à côté, ceux qui se chuchotaient des choses à l’oreille dans des coins sombres de la place.

Au fond, tout cela doit bien faire partie du projet des frères Lumière, eux qui aimaient la vie, le spectacle.

Dumas Maçon dumasmacon@gmail.com Auteur
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