« Nous continuons à creuser notre tombe 8 ans après »

Publié le 2018-01-11 | Le Nouvelliste

National -

« L’expansion de Canaan et de Jalousie, deux grands bidonvilles de Port-au-Prince, prouve que nous continuons à creuser notre tombe », déclare le docteur en sismologie, Sadrac St Fleur, en marge d’une simulation organisée à l’UNIFA ce jeudi 11 janvier, avec des étudiants afin d’observer leur comportement en cas de séisme.

Selon le spécialiste, « comme le 12 janvier 2010, on n’avait pas assez de tombes, on crée ces bidonvilles », tout en appelant la population, notamment les autorités centrales, à prendre conscience des risques sismiques.

L’ingénieur civil qui passe en revue les différents cataclysmes de très fortes magnitudes, s’indigne que l’État ne s’engage pas assez au niveau de l’unité sismologique.

Il évoque une unité sismologique mal en point. « Il y a une seule station sur 12 du réseau sismologique qui marche, et de façon boiteuse. Dans certaines d’entre elles les panneaux solaires ont été dérobés, d’autres stations ont des problèmes mineurs », avance Sadrac St Fleur, l’air inquiet.

Il rappelle que le budget alloué à ce réseau sismologique, variant entre 6 et 7 millions de gourdes, ne représente rien alors que la mise en place d’une station sismique coûte environ 20 000 dollars américains. « Entretenir 12 stations avec 7 millions de gourdes n’est pas évident », glisse-t-il.

Du coup, poursuit le docteur en sismologie, Haïti ne détient pas assez d’informations sur les séismes. « Le dernier tremblement de terre à Thomonde n’est pas enregistré », indique le coordonnateur de la Faculté d’éducation permanente de l’UNIFA.

Le professeur à l’université explique que le séisme joue sur les détails, comme pour inviter la population et une centaine d’étudiants qui l’écoutent à changer de comportement face au phénomène sismique.

Sadrac St Fleur insiste sur une plus grande sensibilisation afin que la population connaisse mieux ce qu’est le phénomène sismique et puisse se préparer.

« La nature ne nous pardonne jamais », alerte le docteur en sismologie, indiquant qu’Haïti est une zone à risque sismique parce qu’on est à la limite de la plaque tectonique.

« La saison sismique n’est pas connue. Elle commence le 1er janvier et s'achève le 31 décembre », prévient M. St Fleur qui estime qu’il nous faut un bon microzonage sismique qui prend en compte les risques sismiques dans l’aménagement du territoire.

Le spécialiste en sismologie ne cache pas ses inquiétudes pour Haïti en cas d’un nouveau tremblement de terre. Pour le moment, dit-il, il est difficile d’évaluer le comportement de la population huit ans après le séisme meurtrier.

Il encourage la population à faire preuve de maîtrise en cas de séisme majeur afin d’adopter les comportements appropriés, à savoir : « se mettre dans un endroit dégagé, rester à couvert, éviter les câbles électriques, se déplacer des maisons à plusieurs étages, éviter les ascenseurs et retrouver les points de rassemblement.

Par ailleurs, une simulation de tremblement de terre a été réalisée avec les étudiants afin d’étudier leur comportement. Sadrac St Fleur sensibilise autour du besoin fondamental de convertir nos constructions en bâtiments parasismiques et demande à la population d'aménager des zones de sécurité dans leurs quartiers pour se refugier en cas de tremblement de terre. Il recommande, entre autres, aux ménages et propriétaires d’immeubles de consulter des ingénieurs qualifiés afin d’évaluer le niveau de ductilité de leurs bâtiments.

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