12 janvier 2010

Tout bouge autour de Dany Lafferrière

«On dit en Haïti que tant qu’on n’a pas hurlé, il n’y a pas de mort», écrit l’adémicien Dany Lafferière dans son livre «Tout bouge autour de moi». Et pourtant, « devant la mort, il ne devrait y avoir ni joie ni tristesse; seulement un long regard étonné», comme a dit l’autre.

Publié le 2018-01-18 | Le Nouvelliste

Culture -

Des rêves sont devenus des nuages de poussière après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, en moins d'une minute. Tout a été secoué. «Certains voient s’envoler le travail de toute une vie». Des témoignages sans réserves nous ont glacés, des histoires effrayantes vues et vécues ont été rapportées sans lyrisme pour un peuple duquel Paul Morand avait dit que tout finissait chez lui par un recueil de poèmes. Aussi, le sang-froid dont le peuple haïtien a fait montre a etonné plus d’un.

L’écrivain Dany Lafferrière, qui se trouvait à Port-au-Prince, affirme que : « ce n’est pas le malheur d’Haïti qui a ému le monde à ce point, c’est plutôt la façon dont ce peuple a fait face à son malheur», dans son roman « Tout bouge autour de moi. »

Des employés d’un hôtel, passant par la salle de bains, les choses, la nuit, le temps, le lieu, la radio, la prière, les animaux, la foule, le chant, la marchande de mangues pour embrasser tant d’autres sous-titres, l’auteur de « Tout bouge autour de moi », capte, sans pathos ni grandiloquence, l’instant présent, ou, plus pragmatiquement, l’instant d’après les quelques secondes du tremblement de terre. Des petites choses qui peuvent échapper de ce drame - comme la petite fête d’un couple qui a retrouvé son bébé laissé avec la nourrice -, alors qu’une secousse de magnitude 7.3 n’est pas si dramatique que cela quand les normes de construction modernes sont respectées.

« À 16h43, il est rare que tous les membres d’une même famille soient réunis au même endroit, au même moment, dans une aussi grande ville » que Port-au-Prince. Des familles, des amis, des amants qui ont tenté de joindre les deux bouts ont fini par crier « la ligne marche plus.»

C’est à travers ces simples récits de la vie collective ou le vivre-ensemble qui s’est réorganisé (quoique pour peu de temps), après le séisme, c’est par ces constats propres à lui-même que le regard de l’écrivain, plein d’anecdotes, fait ressurgir dans nos mémoires « l’impression d’avoir un pied dans le passé.»

« L’ennemi n’est pas le temps, lit-on dans ce roman qui appelle, dans l’oubli, l’écho de l’être qui a vécu. Mais toutes ces choses qu’on a accumulées au fil des jours. Dès qu’on ramasse une chose on ne peut plus s’arrêter. Car chaque chose appelle une autre. C’est la cohérence d’une vie. On retrouvera des corps près de la porte. Une valise à coté d’eux ». Des traces, de simples objets, des souvenirs malgré les graves problèmes de santé mentale tendent à redonner un sens à la vie.

Tout comme l’exil touche celui qui part et celui qui reste, toujours, «ces gens qui portent leur douleur avec une telle grâce qu’il serait dommage d’ignorer» porteront leurs familles parties, leurs amis perdus et « ce pays qui nous habite», aussi longtemps que l’écriture les immortalisera.

Eunice Eliazar eunice18271@gmail.com Auteur
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