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Le cacao d’Haïti menacé par la moniliose

Publié le 2018-01-10 | Le Nouvelliste

Economie -

Les périodes de fin d’année sont l’occasion de déguster du chocolat, mais la filière de cacao haïtienne est menacée. Lors d’une récente mission d’expertise de la Banque interaméricaine de developpement dans le Nord d’Haïti, des signes qui pourraient s’apparenter aux symptômes de la moniliose ont été observés dans des parcelles de cacao.

La moniliose, causée par un champignon appelé Moniliophthora roreri, est l’une des maladies les plus dévastatrices des plantations de cacao dans le monde.

Présente depuis plus d’un siècle en Amérique latine, la moniliose a déjà causé d’énormes dégâts dans beaucoup de pays dont la Colombie, la Bolivie, le Mexique et le Costa Rica, conduisant parfois à des pertes de production de plus 80%.

Haïti et la République dominicaine ne sont pas encore touchées par cette maladie. Toutefois, elle a récemment été repérée en Jamaïque, près de la Grande-Anse, l’une des principales zones de production du cacao d’Haïti.

Le champignon a une forte capacité de dissémination. Un seul fruit infecté peut produire plus de 7 milliards de spores, une quantité suffisante pour affecter toutes les plantations de cacao d’Haïti. Les spores sont facilement transportables par le vent et par l’homme.

Préoccupée, la Banque interaméricaine de développement a commandité un diagnostic rapide de la situation, en collaboration avec AYITIKA S.A., le Centre agronomique tropical de recherche et d'enseignement (CATIE) du Costa Rica et le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural. Un expert de renommée mondiale, Dr Phillips Mora Wilbert, du CATIE, a été mobilisé pour la circonstance.

Le diagnostic a fort heureusement révélé que la moniliose n’est pas présente dans les plantations du Nord du pays.

Toutefois, les menaces sur le cacao de l’île d’Haïti restent et demeurent élevées lorsque l’on considère les principaux vecteurs de propagation. Les phénomènes cycloniques très fréquents dans la région peuvent favoriser les transports des spores de la moniliose de la Jamaïque vers la Grand'Anse. Aussi, les échanges formels et clandestins entre Haïti et les pays de la région déjà affectés par cette maladie sont une source potentielle pour l’entrée de ce champignon dans le pays.

La filière de cacao est source d’emplois pour des milliers de familles rurales dans le pays. Les exportations représentent plus de 450 millions de gourdes en moyenne par an. Cette culture joue également un rôle fondamental dans la gestion conservatoire de l’eau, des sols et des écosystèmes en général, et le cacao a une forte capacité d’adaptation aux changements climatiques.

Face à une telle menace, la BID invite le gouvernement et les acteurs de la filière de cacao haïtienne à joindre leurs forces pour développer une stratégie globale de prévention et de lutte contre cette maladie qui pourrait s’articuler notamment autour de différentes actions : recherche et vulgarisation de variétés de cacaoyers tolérantes ou résistantes, diffusion de pratiques agricoles adéquates, financement de la rénovation des plantations cacaoyères, contrôle aux frontières et inspection en quarantaine. La collaboration avec la République dominicaine est également fondamentale, car ces maladies ne connaissent pas de frontières…

Bruno Jacquet, spécialiste de la Banque Interaméricaine de Développement et Jean Chesnel Jean, Agronome de AYITIKA S.A. Auteur
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