Roman

« Les matins d’Aurore» de Frantz Courtois

Publié le 2018-02-05 | Le Nouvelliste

Culture -

Roland Léonard

On peut ne pas être un spécialiste attitré d’un genre et réussir assez bien une expérience dans le domaine.

Frantz Courtois ne se dit pas romancier ; il est plutôt un grand musicien. Cependant, il est cultivé et a toujours eu un attrait pour les belles-lettres. Lycéen, dans son adolescence, il avait choisi la section A (grec et latin).

Observateur attentif de certains milieux, interpellé, comme beaucoup de consciences, par les évènements des conjonctures politiques récentes de ces trois dernières décennies, ayant un sens plutôt caustique de l’humour, doué pour la satire et la dérision, il ne pouvait échapper à la tentation du romanesque.

« Les matins d’Aurore» se présente, en première impression, comme l’histoire d’amour d’une jolie femme, jeune, raffinée et distinguée, convoitée par deux prétendants passionnés. La belle Aurore Mélathonin, issue d’un milieu social relativement aisé, étudiante en sciences juridiques, est approchée et courtisée à la fois par l’entreprenant major Bernard Belladère et le modeste étudiant Robert Camperrin. Entre les deux, son cœur balance. En apparence, on pourrait croire à une classique histoire sentimentale.

Cette intrigue amoureuse à trois personnages est en réalité le prétexte à rapporter, par de nombreuses diversions, des anecdotes comiques, tragi-comiques ou carrément dramatiques, vraisemblables ou véridiques ayant marqué l’époque. Le roman, en contrepoint, est donc grandement réaliste et ne donne pas dans le conte de fée ou le récit à l’eau de rose.

La manière rappelle beaucoup le procédé des récits interpolés, enchassés, brisant la linéarité de la narration, très prisés chez les romanciers latino-américains et quelques écrivains modernes haïtiens sous forme de « lodyans».

À cette différence qu’ils sont rapportés, ici, par le narrateur principal le plus souvent et non par les personnages de la fiction. Il y a malgré tout quelques «lodyans» ou faits fantastiques contés par deux ou trois d’entre eux : comme par exemple lors de la soirée à son domicile, pour la mort d’André Zélu, ou à Dérance, l’histoire de la famille et de la maison hantée Obaladi, rapportée par la gentille mythomane Kendra Savendra.

Frantz Courtois a pimenté et épicé son roman de passages érotiques et fantastiques. On se souviendra avec volupté de la visite de Madame Jambono à Bernard Belladère, de Doriane à Robert Camperrin, des amours brûlantes de ce dernier avec la belle et sensuelle Anastasia. On frissonnera de terreur à la lecture de la nuit passée en la demeure des Obaladi à Dérance. Les rêves et hallucinations de Robert Camperrin ne sont pas moins intéressants par leur caractère prémonitoire. Du goût pour le paranormal, la parapsychologie.

« Les personnages décrits dans ce roman relèvent de l’imagination de l’auteur. Toute ressemblance avec des individus réels ne peut être que fortuite », nous prévient-il de façon liminaire.

On en sourit. On ne peut s’empêcher de croire que ces récits ont été hautement inspirés par des personnages réels et des faits d’actualité de ces périodes récentes. Chacun est libre de mettre, d’accrocher une clé de la réalité sur ces anecdotes ou personnages. Certains protagonistes semblent composés à partir de deux ou trois figures connues, ainsi que leurs traits de caractère, leurs vices et manies, leur diabolique habileté ; comme dans le cas du dictateur Raymond Pénochat, par exemple. D’autres comme Gilbert Kantamois n’ont pas beaucoup de mystère. Le cœur est plein de tristesse et les larmes nous viennent aux yeux, au récit de l’assassinat de Franky Manour, qu’on reconnaît sans peine sous ce pseudonyme.

Le style du roman est fonctionnel, suffisamment correct et éloquent pour conter l’essentiel de ces histoires, malgré d’inévitables et rares coquilles d’imprimerie.

Frantz Courtois n’est pas un romancier professionnel : ce n’est pas un styliste du genre d’un Michel Déon du groupe des « Hussards», ou des écrivains du Nouveau Roman.

Il nous a rapporté avec humour ou compassion des faits dont il a été témoin comme beaucoup d’entre nous : ce qui est largement suffisant. Il a visé et atteint le principal. Il nous a divertis et instruits.

Le romancier n’est pas tombé dans les pièges du misérabilisme du roman populiste et des stéréotypes manichéens du réalisme-socialisme. Soit, il a peint des caractères se situant dans les milieux bourgeois ou petit-bourgeois, où il y a des braves gens comme des salauds, ainsi que dans les autres couches sociales qui n’en sont pas exemptes. Il parle de ce qu’il connaît et fréquente.

Ce qui est honnête.

Un roman assez intéressant.

Roland Léonard Auteur
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