Emerante de Pradines Morse, une étoile dans le ciel d'Haïti a filé

Emerante de Pradines Morse est morte. Histoire d’une figure emblématique de la culture haïtienne.

Publié le 2018-01-08 | Le Nouvelliste

Culture -

L’artiste aux multiples talents, Emerante de Pradines Morse, est partie pour l’au-delà, le 4 janvier à l’âge de 99 ans. La triste nouvelle a été confirmée par son fils Richard Auguste Morse qui vient d’être sacré Mapou de la culture haïtienne, le 25 décembre dernier avec sa femme Lunise aux côtés du couple Lòlò et Manzè de Boukman eksperyans. Emerante, cette étoile de la culture haïtienne qui a brillé sur la scène au temps où Haïti tenait une bonne place dans le tourisme de la Caraïbe, a laissé un grand héritage culturel comme danseuse, chanteuse, peintre et comédienne.

Cette figure du paysage artistique, née en 1918, descend d’une lignée d’artistes. Son père Auguste Linstant de Pradines dit Candio, sa mère madame de Pradines, la soeur de son père Attala, et ses sœurs Anna, Madeleine ( la mère de l’ex-président Michel Martelly).

Depuis le berceau elle écoutait la voix ténor de son père Candio chanter les chansons tirées de son cru. Ces chansons écrites sous l’occupation américaine sont passées à la postérité. Et pourtant qui va initier Émerante à la chanson ? Dans une interview accordée au Dr Roland Léonard, en 2011, elle avait confié : « C'est très curieux. Ma mère qui était une artiste renfermée, repliée sur elle-même, c'est elle qui m'a initiée à la chanson, à la poésie et au théâtre. » Depuis l'âge de 5 ans, elle avait le goût de la poésie, elle déclamait sur scène. « Ma mère me racontait quand elle m'a emmené pour la première fois à l'école, la soeur m'a dit : qu'est-ce que tu sais faire ? Je lui ai dit : « Je vais te montrer ». Je monte sur le bureau, je lui récite une poésie. Elle a dit : « Ce sera un petit rat de l'opéra.»

Tout jeune, elle avait reçu une discipline rigide. « J'ai d'abord chanté avec Madame Bloëke, j'ai fréquenté pendant quatre ans Madame Lina Mathon Blanchet; mais mon véritable professeur fut mon père. J'ai chanté dès mon enfance avec lui. J’ai pris des leçons de chant (…) je chantais journellement de 4h à 6h du matin tous les jours. »

Émerante de Pradines a eu la chance de se perfectionner à l’étranger. Elle a pratiqué la danse et la chanson aux États-Unis aux côtés de la grande vedette noire américaine Catherine Dunham. Celle-ci a habité en Haïti pendant longtemps à l’Habitation Leclerc. « Je suis allée chez Catherine Dunham, la grande danseuse qui, la première, a lancé le folklore aux Etats-Unis », s’était-elle souvenue.

À un moment où le vodou était relégué dans l’ombre, Émerante s’est appropriée de la culture du peuple et en a fait sienne. Elle allait dans les hounfors, écoutait les chansons des cérémonies religieuses, et les chantait sur scène pour les bourgeois aux oreilles chastes. Bien des années plus tard, son fils, Richard du groupe RAM, a suivi sa trace.

Pour transmettre cette culture à la postérité, la chanteuse qui vient de disparaître a enregistré trois disques, le premier puise dans les rythmes vaudou, le 2e consacré aux méringues et un 3e sur nos folklores avec le choeur Michel Déjean. Notons que le Smithsonian avait acheté le fond de ce dernier disque.

Pour le Dr Roland Leonard « Emerante de Pradines Morse a été la première femme d'un milieu relativement instruit et aisé à oser chanter et danser le folklore vaudou haïtien et le mettre sur scène».

Mariah C. Shéba Baptiste & Eunice Eliazar Auteur
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