Aznavour pour une ballade aux parfums d'autrefois et d'aujourd'hui...

Publié le 2017-12-29 | Le Nouvelliste

National -

Il est venu. Pour lui, tous ne pouvaient être là. Dommage. Mais son public, le temps d’un soir, à Tara’s, en Haïti, est parti en ballade sous les étoiles, porté par la poésie des chansons immortelles de ce maitre des mots, le performeur du siècle, loin devant le King Elvis Presley ou un autre magicien du verbe, Bob Dilan, récent prix Nobel de littérature. En 90 minutes, Charles Aznavour, 93 ans, chanteur de variété pleinement assumé, a laissé transpirer certains de ses engagements.

Au pays où des centaines de milliers de jeunes en quête d'un lendemain meilleur sont candidats à l’exode au Chili et ailleurs, le choix d'ouvrir son spectacle avec « les émigrants » est tout un symbole. C’est comme un dialogue non convenu, presque informel pour ne pas blesser avec notre actualité, nos échecs à construire du collectif, de l’égalité des chances pour tous, de l’espoir. Tout simplement. Ces déracinés qui mangent de la vache enragée sur sa terre d’accueil n’est pas un écho éloigné de sa propre histoire, de celle de ses parents ayant quitté l’Arménie pour s’installer en France.

En dialogue permanent avec le temps, Charles Aznavour, avec des rythmiques ralenties, la précaution de ne plus aller chercher des notes perchées, a raconté ses amours à Paris, au mois d’août. « Pour te dire je t’aime, aussi loin que tu sois…, une part de moi-même reste à accrocher toi »…avoue Charles, qui cherche encore cette aveuglante lumière de la ville lumière. Il sait Mourir d’aimer, convaincu qu’il faut aussi et surtout boire jusqu’à l’ivresse, sa jeunesse. Cet amoureux qui sait ces choses, qui ne sait pas pourtant laisser la table lorsque l’amour est desservi, dit "Désormais" on ne nous verra plus ensemble. Ne plus mordre au même fruit, ne plus dormir dans le même lit, ne plus faire les mêmes gestes pour signifier la rupture est une complainte. Les mots, ceux que Charles Aznavour cherche avant la mélodie de ses chansons, sont si simples. Ils pourraient être les nôtres. Parce qu’ils nous racontent.

Entre « La Mama », revisitée avec une mélodie plus gaie, et "Hier encore", le public, en admiration de ce petit homme immense, a chaviré de bonheur. Il fait le spectacle dans « Les plaisirs démodés », danse, avec un sincère respect pour le public, même s’il n’est pas dans un espace adapté, l’Olympia ou Carnegie Hall. Le grand Charles ne se prend pas la tête. Il est au-dessus de tout ça, s’intéresse au moment bonheur, au moment public. Il joue la comédie, danse, joue contre joue. Il montre aussi ses talents d’acteur dans « Je suis un homme oh, comme ils disent ». Cette composition qui raconte le vécu d’un homosexuel offre l’occasion d’un plaidoyer pour le respect de l’orientation sexuelle, des choix individuels. "Deux guitares"…il n’y a plus de digues.

La Bohème, chanson mythique de son répertoire, fait planer un air d’antan, un parfum d’autrefois. Cette fois, Charles était là. Sur la terre ensoleillée d’Haïti où la misère n’est, au final, pas moins pénible, comme il l’a chanté avant de terminer le spectacle, sous les vivats de ses fans, un mélange de nantis, de hauts fonctionnaires, de gens ordinaires qui ont en commun la langue française, la passion pour la chanson, la poésie et l’inusable Charles Aznavour…

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