L’accessibilité au service bancaire, une gageure pour les Grand’anselais

Le manque d’accessibilité aux guichets des banques commerciales à Jérémie désespère la clientèle, en particulier en cette période de fêtes de fin d’année qui voit les gens faire le pied de grue dans une file depuis 3h a.m. Si d’aucuns, pour des considérations sociales, proposent l’ouverture de nouvelles succursales en vue de diminuer les files d’attente, d’autres y font objection en tenant compte de la vocation première d’une institution financière, la rentabilité.

Publié le 2017-12-29 | Le Nouvelliste

National -

Les fêtes de fin d’année voient habituellement les clients ruer vers les guichets des banques commerciales pour effectuer des transactions. Mais pour une forte partie de la population effectuer une transaction dans une banque commerciale à Jérémie, relève d’une gageure. Ce qui donne lieu à de fortes frustrations et des récriminations tant envers le secteur privé qu'envers l’État central. C’est l’état d’âme depuis plus d’un mois des clients de la BNC du Sud et de la Grand’Anse. Cela est dû non à la qualité du service mais plutôt à l’accessibilité.

L’attente commence à 3h a.m. !

Nous sommes le 28 décembre. Il est 11h33 a.m. Entre bousculade, brouhaha, mouvement désordonné et protestations, la porte principale de la succursale de la BNC à Jérémie, la seule qui dessert les douze communes du département de la Grand’Anse est fermée. La foule que des agents de sécurité essaient vainement de discipliner entre dans la banque par un couloir qui sert ordinairement de sortie de secours. Cette mesure, a appris le journal, qui n’a pas été prise de bon cœur, fait suite à un acte d’agression dont un agent de sécurité aurait été victime de la part d’un client.

Une femme enceinte accompagnée d’un enfant émerge de la foule impatiente et révoltée. « Vous imaginez, nous avons dû nous pointer devant la BNC depuis 3h a.m. Il est près de midi, voilà que nous nous retrouvons encore à faire le pied de grue sur la galerie de la banque, dans l’impossibilité d’y accéder », a tempêté un professeur au milieu d’un groupe dont, pour Le Nouvelliste, il s’est improvisé le porte-parole. Une autre voix, celle d’un inspecteur en éducation, se plaint : « Depuis plus d’une semaine, il m’est impossible d’effectuer une transaction ». D’autres prétendent qu’ils attendent depuis environ un mois, dans l’espoir que la file d’attente aurait diminué en volume. Ils rappelent que, en raison de difficultés technologiques, les transactions bancaires au niveau de la BNC ont même été ralenties pendant trois jours, en témoigne un avis de la BNC, en date du 13 décembre 2017.

Les coopératives comme recours ?

Me Desmoulins Duckenson est le président du Conseil d’administration de la CAPAJ, une coopérative faisant partie du réseau Le Levier, à laquelle autrefois les sociétaires avaient recours comme parade. Mais, a-t-il confié, une circulaire de la Banque centrale (BRH) interdit aux coopératives de négocier les chèques. Il revient plutôt au bénéficiaire de l’endosser et de se présenter physiquement à un guichet d’une banque commerciale, incluant la BNC. Nonobstant cette mesure, voyant le côté humain de la question, il a conseillé à des sociétaires de CAPAJ en train de faire la queue, de se diriger vers l’institution qui aurait une solution temporaire. Sa recommandation n’a pas été suivie.

La BNC dessert la majorité des fonctionnaires publics de tout le département de la Grand’Anse. Il leur aurait été demandé, comme une exigence, d’ouvrir un compte à ladite banque aux fins de recevoir leurs appointements par virement bancaire. D’où, en tenant compte de l’accroissement de la population, de la diversité de la clientèle, incluant des commerçants, cette affluence observée en fin de mois ou aux périodes de fête. Un correspondant contacté aux Cayes confirme que, quoique la BNC y compte deux succursales, la situation est identique.

La banque, la rentabilité avant l’humanitaire

Le cas de la Grand’Anse laisse supposer que ce département, avec ses douze communes, aurait besoin de plusieurs succursales de la BNC, soit à Dame-Marie, pour la pointe sud-ouest, soit à Beaumont, sur la route nationale No 7, pour la pointe sud-est, par rapport au chef-lieu Jérémie. Mais cette approche, aux yeux de certains analystes financiers est à écarter. Car faute d’activités régulières, les employés tomberaient dans la sinécure et ce ne serait pas rentable pour la banque qui a une vocation commerciale ou un raisonnement d’affaires avant d’être humanitaire ou sociale.

L’économiste Etzer Emile, interrogé par Le Nouvelliste sur la question, a la même réflexion pragmatique, s’assimilant à son opinion déjà exprimée dans le cas d’une situation similaire observée à Gressier (voir Le Nouvelliste du 7 juillet 2017). Pour le jeune économiste, qui recommande une vulgarisation de l’éducation financière de la population, « l’établissement d’une succursale va au-delà des considérations humaines ou sociales, mais part d’un raisonnement sur le modèle d’affaires, en termes de faisabilité commerciale, économique et financière ». Il s’agit donc pour la banque d’une question d’opportunités non pas par rapport à la croissance de la population mais de préférence, par rapport au volume de transactions, d’où découlent la rentabilité et la maximisation des profits pour toute institution financière.

Néanmoins, pour la Grand’Anse, la BNC se prépare à faire peau neuve et devrait loger au premier trimestre de l’année 2018, dans sa nouvelle succursale en cours de réhabilitation, à la grand-rue de Jérémie. Six comptoirs, a révélé un employé, pourront être mis à profit par les clients qui disposeront également du service automatique ATM. Ce qui devrait diminuer considérablement les files d’attente devant les guichets et soulager dans l’ensemble la clientèle.

Yvon Janvier jyvon21@gmail.com Auteur
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