1,2% : Faible croissance de l’économie haïtienne en 2017

L’espoir d’intégrer la liste des pays émergents aux alentours de 2030 devient au fil des années un objectif chimérique pour Haïti plus que jamais prise dans les tenailles de la corruption, du sous-développement et de la pauvreté. La mobilisation agissante attendue après le séisme du 12 janvier 2010 qui devait se traduire par une relance durable de l’économie haïtienne n’a eu que l’effet contraire. Et pour preuve, le pays continue de s’enfoncer dans les abysses de la corruption, du sous-développement et de la pauvreté avec le taux de croissance le plus faible depuis 2011, soit 1,2%.

Publié le 2017-12-27 | Le Nouvelliste

Economie -

Comme pressenti, l’économie haïtienne n’a pas pu faire mieux en 2017 qu’en 2016. Le produit intérieur brut (PIB), en volume, n’a crû que de 1,2% contre 1,5% en 2016, selon les estimations préliminaires des Comptes économiques en 2017, publiées par le ministère de l’Economie et des Finances de concert avec l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI. Ce ralentissement du rythme de croissance peut être imputé au caractère particulier de l’exercice fiscal 2016-2017.

En effet, le premier semestre de l’année fiscale 2017 a été surtout marqué par: le passage du cyclone Matthew ; la fin des turbulences électorales de 2016 ; le départ du gouvernement de transition ; l’installation de nouvelles autorités, avec tout ce que cela suscitait en termes d’incertitudes, d’attentisme et même de changement de priorité chez les acteurs économiques tant privés que publics.

Néanmoins, malgré ces difficultés, l’économie haïtienne a pu éviter le pire. Au niveau sectoriel, la branche agricole, pour laquelle on redoutait surtout une croissance négative suite aux dégâts causés par le cyclone Matthew, a pu « garder la tête hors de l’eau » avec une progression de 0,8% de sa valeur ajoutée à prix constant, contre 3% en 2016.

De leur côté, portés par les fabrications de produits alimentaires et de boissons (2,8%), les industries manufacturières n’ont crû que de 1%, à cause notamment de la chute des industries textiles (2%) et de celles des fabrications de papier et des activités d’impression (0,2%). Ces dernières avaient enregistré en 2016 une augmentation de 2,7%, consécutive à la forte demande liée aux campagnes électorales. L’autre branche qui a aussi contribué à la hausse du PIB en 2017 est la Construction (Bâtiments et Travaux publics, BTP) dont la valeur ajoutée à prix constant a progressé de 0,9%.

Il convient toutefois de noter que depuis l’année dernière, cette branche d’activité n’affiche plus le dynamisme dont elle faisait montre de 2011 à 2015, ce qui dénote un certain ralentissement dans le processus de reconstruction post-séisme. Pour sa part, mené par le Commerce (1,3%), les Services non marchands (0,8%) et les Transports et Communications (1%), le secteur tertiaire n’est pas en reste avec une croissance moyenne de 0,9% de sa valeur ajoutée.

En ce qui concerne les grandes composantes du PIB, l’analyse de la demande globale indique que c’est surtout la Consommation finale (2.7%) suivie de l’Investissement (0.9%) qui ont tiré la croissance, puisque les exportations, en volume, ont plutôt chuté de 1,2%. La consommation finale a été surtout boostée par la hausse des transferts de la diaspora (15,4%) et l’accroissement de la masse salariale tant au niveau public (8%) qu'au niveau privé (15,5%).

Par ailleurs, en dépit d’une certaine stabilité du taux de change (surtout à partir du mois de mai), des tensions inflationnistes ont été quand même observées dans l’économie haïtienne qui a clôturé l’année fiscale 2017 avec 15,4% d’inflation en glissement annuel contre 12,5% en 2016. On notera toutefois que les tensions inflationnistes ont été beaucoup plus prononcées du côté des produits locaux (16%) que des produits importés (13,3%).

Enfin, tenant compte des goulots d’étranglement spécifiques auxquels l’économie a dû faire face en 2017, toutes choses égales par ailleurs, l’année 2018 devrait être plus prometteuse. Cependant, il ne faut pas non plus perdre de vue que le pays, étant situé sur la trajectoire des cyclones, a besoin d’un plan de contingence adéquat pour atténuer considérablement l’impact distributif négatif des dérèglementations climatiques. En tout cas, l’atteinte de l’objectif de 3.9%5 de croissance du PIB en 2018 passera, entre autres, par la relance effective et garantie des activités agricoles, la redynamisation du secteur des bâtiments et travaux publics et l’amélioration continue du climat des affaires.

Cyprien L. Gary Auteur
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