«1 dous 1 show », la surprise de Gaëlle Bien-Aimé

A l’occasion de son trentième anniversaire, Gaëlle Bien-Aimé a offert un stand-up show baptisé « 1 dous 1 show », le vendredi 22 décembre 2017, au Centre sportif et récréatif de Turgeau. Elle était accompagnée d’Atys Panch et de Dejoé. Le public s’est beaucoup amusé !

Publié le 2017-12-29 | Le Nouvelliste

Culture -

Le rendez-vous était au Centre sportif et récréatif de Turgeau avec Gaëlle Bien-Aimé, Atys Panch et Dejoé, non pas pour une partie de football ou de volley-ball, mais pour un « stand up comedy show ». Il était 6h, l’affluence se faisait encore attendre. Entre-temps, les plus ponctuels blaguaient, buvaient ou faisaient de nouvelles connaissances. Les minutes s’écoulaient dans l’impatience de l’attente. Après une heure, le public était invité à gagner le terrain du centre, l’espace du show. Les uns se précipitaient pour trouver un siège en avant, d’autres choisissaient plutôt les gradins du centre. Etant installés, le sourire sur le visage de certains était présent pour annoncer que le rire n’était pas loin.

Dejoé a donné le coup d’envoi du show. Il a commencé par expliquer pourquoi le pseudonyme Dejoé lui est collé au dos. «Je fume, je fume beaucoup. Mais je ne fume pas Comme il faut, je fume Ce qu’il faut », a-t-il déclaré comme étant la raison principale parmi d’autres. Le public a réagi spontanément. Bon début pour un stand-up. Cependant, au cours de sa prestation, l’humoriste a un peu de mal à susciter l’hilarité d’un public qui surveille la moindre occasion pour déployer largement la gorge et laisser partir la fatigue, les soucis, le stress quotidien par ce moyen magique : rire. Toutefois, étant au début de sa carrière de one man show, Dejoé semble être très prometteur. Maintes fois, il a su provoquer le rire chez les spectateurs. A part faire de l’humour, il se voit capable d’enseigner. « M gon panchan pou metye kote moun yo mouri pòv », a-t-il affirmé en attirant l’attention sur l’avenir de quelqu’un qui s'adonne soit à l’art, soit à l’enseignement en Haïti. Et pour mettre en évidence ses talents de professeur, il appelle deux élèves, « deux catastrophes », murmure-t-il à l’assistance, Atys Panch et Gaëlle.

Quelle est la capitale de la Hollande ? demande le professeur à Gaëlle. Elle laisse couler quelques secondes et répond : hein ? Fou rire dans l’assistance ! Il reprend la question et la réponse est : Hollandia. Le public prend feu. Le professeur se tire en se moquant d’eux en tant qu’avenir du pays. Les élèves se décident à devenir adultes pour comprendre les exigences de leurs parents vis-à-vis de leurs performances à l’école.

Atys Panch et Gaëlle ont donné trois prestations chacun, à tour de rôle. Dans les deux premières, ils se rappellent leurs expériences à l’école. Panch, quant à lui, se rappelle d’abord ceux qui n’ont pas voulu lui donner des « poul ». « Kote moun ki pat vle ban m poul yo, kote nou ? », s'est-il demandé d’un ton ironique. Il fait le rapport entre ce qu’on apprend à l’école et la réalité elle-même. Il semble qu'il y a une discordance. Pour le bègue, il cherche l’utilité de ce qu’il a appris dans la vie réelle mais en vain. « Sèl lè m di sinus, se lè m ap achte yon Dolo stop », dit-il pour corroborer son point de vue.

Il est quasiment impossible d’assister à un stand-up de Gaëlle Bien-Aimé sans que le sexe (faire l’amour) n'en soit partie prenante. « Manman m di m konsa lè w pase lekòl, ou fò nan tout sa w ap fè. Epi m al fè lanmou ak yon nèg ki gen doktora.. yow ! m te anvi fè misye refè tout klas li », a-t-elle lâché dès les premières minutes de sa prestation. Ensuite, elle se rappelle des choses qui l’ont marquée à l’école. Sa sortie d’école en tenue de « elèv kay mè », son copain lycéen, la 1re fois qu’ils ont fait l’amour (lol, une fois de plus), etc.

Panch revient sur scène. Cette fois, ce n’est plus l’élève avec son uniforme d’école nationale, mais plutôt celui qui travaille et commence à gagner de l’argent. Sa tenue en témoigne ! Toutefois, il n’oublie pas d’où il vient et revient sur ses histoires vécues dans les transports en commun, les camionnettes et les « bwat ». Il se réjouit d’avoir sa propre voiture maintenant à la sueur de son front.

Gaëlle regagne la scène en mode écriture automatique. « Yo rele ekriti otomatik, se lè w ekri san kanpe, san korije san tounen al reli sa w te ekri a». Ainsi, a-t-elle défini son concept. Elle déplore divers problèmes. Etant activée en mode écriture automatique, elle tire à boulets rouges sur l’administration publique et sur nos différentes mœurs sociales.

Quante-cinq minutes se sont déjà écoulées, mais on a l’impression que le spectacle vient à peine de commencer. Pour sa dernière prestation, Panch se penche sur le téléphone portable. L’appareil grâce auquel il est devenu un personnage public. Il part des premiers modèles, gros et lourds, en singeant les gestes exécutés lors des appels à cause de la faiblesse du signal à l’époque, jusqu’aux récents téléphones intelligents avec les applications telles WhatsApp, Facebook, Twitter, Instagram. Sa mère commence à utiliser WhatsApp et ses problèmes surgissent. « Panch, Panch, m sòt wè w monte online, pa desann non, rete la, m wè w, ret la pou m di w sa map di w », a-t-elle envoyé dans une note vocale. « Panch, gade non cheri, m wèw sòti wi, li komanse ta wi. M pa konn a kilè w ap rantre. M pa konn si pou m fèmen… eben m fèmen », a-t-elle poursuivi comme si elle attendait une réponse à sa note vocale.

Gaëlle, pour conclure, poursuit avec la série des téléphones mais surtout avec le mode d’utilisation des jeunes. Elle aborde la question des « live », de l’application Snapchat qui déguise, des applications « filter » qui nettoient les photos en donnant une image fausse de soi, du prix extravagant de l’iPhone. « Si pou m achte yon iPhone nan pri sa, fò m ka rele l lè m pa wè l : Iphone ? Iphone ? Viens chéri, viens, rentre dans le sac de mamie », ce qui ne manque pas d'enflammer l’assistance. Puis, elle a enchaîné en essayant de slamer et de chanter. Elle s’estime capable aussi si d’autres le sont. « Il n’y a que sur scène que j’accepte d’être ridicule », dit-elle pour s'encourager. Avait-elle voulu dire que certaines de nos chanteuses sont ridicules ?

En somme, ce fut une très belle soirée, Dejoé a su garantir le « dous » de la soirée. Cependant un peut de rigueur dans son travail le rendrait beaucoup plus intéressant. Tout de même, il a chauffé le moteur de la machine à rire des spectateurs. Atys Panch a beaucoup progressé dans ses stand-up même si parfois, durant ce show, certaines blagues ont été à côté de la plaque. Par manque d’expérience. Cela s’apercevait facilement. On sentait que son attente sur ces coups n’était pas comblée. Mais, son bégaiement tient la route et suscite de l’appréciation pour cette originalité d’un comédien. Car trop souvent, le « Teyat Lakay » est représenté, a fortiori, par une vie « nan bouk » à l’instar de nos vieillards de la place. Il incarne l’espoir d’une nouvelle génération d’ « humoristes-comédiens ». Quant à Gaëlle, elle n’a plus rien à prouver sinon perfectionner encore et encore ses capacités. Ses expériences de comédienne et de one woman show en sont la preuve.

À la place de la viande et de la bière, Gaëlle a plutôt choisi de fêter son anniversaire sur scène en compagnie de ses fans et amis. En apprenant la nouvelle, surpris, certains ont crié « bonne fête Gaëlle ». Ensemble, l’assistance a entamé en chœur "Joyeux anniversaire" sous la demande d’Atys Panch.

Sous les éclats des feux d’artifice qui pétillaient dans le ciel, le sourire habitait les visages de plus d’un. Quoi de mieux pour passer un excellent anniversaire ?

Michelet JOSEPH Micheletjoseph93m.j@gmail.com Auteur
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