« Pour une éducation sans bâton » : l’idéal utopique pour Haïti

Entre les « Timoun se ti bèt », « Timoun pa leve san baton », « Lè yon bwa kwochi, se depi piti pou w drese l », Maurice Jacques et Augustin Nelson viennent avec des alternatives à l’usage du fouet dans l’éducation, présentées à travers leur récent ouvrage titré « Pour une éducation sans bâton ». Un livre à lire selon Nelson Augustin, parce que le sujet qu’il traite est complexe et nécessite un grand débat. Destiné à un public diversifié (jeunes universitaires, enseignants, directeurs d’établissements scolaires et surtout parents), selon les auteurs, on se demande perplexe si le contenu de cet ouvrage servirait vraiment à quelque chose dans cette communauté où la plupart des parents croient fermement qu’une bonne éducation est impossible sans l’usage du fouet.

Publié le 2017-12-27 | Le Nouvelliste

Culture -

Être parent, voilà le titre du premier chapitre dudit ouvrage. Les auteurs, loin de vouloir dire aux parents comment élever leurs enfants, reprennent dans cette première partie de leur ouvrage les quatre grands principes de la pédiatre Edwige Antier, pour guider les parents dans l'éducation de leurs enfants. Comprendre l’enfant, éviter de l’endurcir, mettre du sens dans ses découvertes, connaître ses limites, constituent la marche à suivre pour jouer au mieux son rôle de parent. S’agissant d’un essai psychologique, les auteurs ont pris le soin de présenter les différents stades de développement d’un enfant, selon Sigmund Freud et aussi Erik Erikson ; une méthode assez audacieuse des deux auteurs, sachant que ceux qui se procureront cet ouvrage ont déjà une idée des travaux de ces grands psychologues.

Entre les différentes alternatives au bâton, les réactions face à la transgression, des idées pour l’action contre la violence, le directeur du Collège Canado Haïtien, Nelson Augustin, et le psychologue de l'éducation, Maurice Jacques, ont réalisé un travail colossal, sachant que le problème du bâton traverse les générations. C’est aussi l’avis du ministre de la Planification et de la Coopération externe, Me Aviol Fleurant, présent lors de la vente-signature de l’ouvrage, ce vendredi 22 décembre, au local du Collège Canado-Haïtien. Néanmoins, l’ouvrage pourrait susciter des interrogations auxquelles les auteurs n’auraient sans doute pas de réponses appropriées, comme par exemple : Quels sont les parents qui utilisent le bâton dans l’éducation de leurs enfants en Haïti ? Sont-ils les mêmes qui liront cet ouvrage ? Ce dernier leur est-il accessible ?

Certains parents haïtiens lient le bâton au respect, à la discipline et aussi à la rigueur chez l’enfant. Ce sont des parents qui ne conçoivent pas l’éducation de leurs enfants sans usage du bâton, et il suffirait de bien plus qu’un ouvrage pour venir changer cette habitude qui a pris racine dans ces familles. Nombreux sont les parents des villes de province qui utilisent toute sorte d’objets pouvant servir à battre leurs enfants ; ce qui est pour eux assez normal. Et, vu le maigre pouvoir d’achat de ces familles, il serait surprenant qu’elles utilisent un billet de mille gourdes pour l’achat d’un bouquin qui ne leur servirait peut-être à rien.

Le dépôt du projet de loi interdisant les châtiments corporels contre les enfants n’a pas abouti à grand-chose… Certains professeurs des classes fondamentales font quand même usage du fouet dans les salles de classe, quoiqu’interdit par l’établissement. Et que dire des parents, convoqués à l’école, qui donnent une raclée à leurs enfants ?

Cet ouvrage « Pour une éducation sans bâton » donne certainement des pistes aux parents et enseignants qui croient qu’il y a d’autres possibilités, d’autres alternatives à l’usage du fouet dans l’éducation. Mais quels parents ? Quels enseignants ?

Darline Honoré Darlinehonore1324@gmail.com Auteur
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