Le point sur les livres à la FILHA

Publié le 2017-12-22 | Le Nouvelliste

Culture -

Le sénateur Youri Latortue, en tant que représentant du Parlement haïtien, a visité la Foire internationale du livre haïtien (FILHA). Il était venu le jour de la clôture de ce grand événement où lecteurs et auteurs se rencontrent dans un festin de mots. « Je viens personnellement apporter un petit cadeau aux lauréats du concours national scolaire de nouvelles », se réjouit le sénateur informé de l’exploit des douze gagnants venus de plusieurs villes du pays. « Haïti 2042, les possibles futurs », ce recueil de nouvelles publié chez C3 Éditions inspire les parlementaires. « On va encadrer les maisons d’édition. On va favoriser la production littéraire. Notre initiative va d'ailleurs dans le sens du ministère de la Culture. C’est prévu dans le budget rectificatif. On va donc encourager les efforts réalisés dans le domaine du livre en Haïti puisque tout s’apprend par les livres et les aînés. Le livre, c’est l’héritage culturel, la passation du savoir », a rappelé le sénateur Latortue.

À cette 5e édition, plusieurs écrivains ont présenté leurs livres aux journalistes et aux visiteurs curieux d'en découvrir le contenu avant de se les procurer. Le professeur Jean Yves Dorestal s’est prêté à cet exercice. « Dans Anthologie des textes philosophiques haïtiens, je présente plusieurs auteurs : Anténor Firmin, Jacques Roumain, Marcel Gilbert, Mesmin Gabriel, Max Chancy, Jean Claude, Paul Jean Claude, Karl Lévêque, Jacques Stephen Alexis sous un angle spécifique qui met en lumière la pensée philosophique de ces écrivains. Lorsque je parle d’Anténor Firmin, je parle du Firmin philosophe. Firmin est multidimensionnel. En Haïti, on ne connaît que le Firmin politique. Et un peu le Firmin anthropologue. Le Firmin philosophe est la condition pour comprendre les autres Firmin. Cet auteur se réclamait du positivisme. Ce positivisme permet de comprendre ce qu’il a fait en politique et en anthropologie. » Même aspect pour Jacques Roumain. Le professeur Dorestal tire la substantifique moelle philosophique dans des textes comme « Les Gouverneurs de la rosée », ou encore dans « La montagne ensorcelée ». Il présente un Roumain matérialiste qui pose la problématique de l’environnement à la lumière d’une réflexion philosophique. « Cette question est traitée par l’École de Francfort. Elle considère que nous dominons la nature, mais nous ne dominons pas notre domination de la nature, autrement dit nous traitons la nature comme si nous avions une nature de rechange », a souligné l’auteur de « Dans Anthologie des textes philosophiques haïtiens ».

Ashley Laraque, assis sous une tente où se dresse un poster frappé à l’effigie de la couverture de son livre, présente « Choisir son chien de garde, le meilleur ami de l’homme ». L’auteur dit être un connaisseur de l’univers canin. Pour Laraque, « le chien ne perçoit pas l’homme comme étant un homme, il le perçoit comme un autre chien qui fait partie de sa meute. Il accepte d’être sous les ordres du chef de meute. Il peut accepter deux chefs de meute mais jamais trois. Les autres personnes de la maison sont les camarades de la meute ou les protégés de la même meute ».

Savannah Savary, l’auteur de «Miel et rapadou», qui est à sa première participation à la FILHA, invite à lire un livre proche de l’histoire événementielle de Saint-Domingue. « Je vous prends par la main et je vous emmène à Jérémie fin XVIIIe siècle. » Dans cette Jérémie de l’époque coloniale, deux êtres sont frappés par un amour turbulent : un homme de couleur et une créole. L’homme de couleur est riche, mais il est privé de ses droits civils et politiques. « Nous ne pouvons pas refaire l’histoire, mais nous pouvons rentrer chez les gens de Saint-Domingue, cette société qui a été bâtie sur la couleur de l’épiderme. Ainsi, Miel et rapadou, ce sont cinq nouvelles historico-érotiques qui passent au peigne fin XVIIe siècle dans Saint-Domingue de tous les impossibles. Les titres : L’amour n’existe que la nuit, Miel et rapadou, Zomanga, Café, Luxure et esclavage et Chaînes et passion. Dans chaque nouvelle, tous les interdits sont mis à nu aujourd’hui », promet Savannah.

Joujou Turenne, cette conteuse, qui danse, qui virevolte sur la scène, était assise à la foire du livre. Difficile de concevoir Joujou sage comme une image derrière des chevalets présentant ses livres jeunesse. « Je suis venue à la FILHA principalement pour Tortue et les bêtes à ailes. J’ai eu le bonheur de collaborer avec C3 Éditions. Ce conte que j’ai écrit se veut animalier mais pas bête du tout. » À part ce livre qui est une histoire de persévérance, de résilience, cette Capoise qui prendra part à une activité culturelle de Pen club des Gonaïves est venue aussi à la foire avec la 3e édition de Ti pinge, un conte présenté en version française, anglaise et créole.

Rose Adèle Joachim, l’auteur de « Mon cœur bat si fort », venait partager l’expérience qu’elle est en train de vivre avec ses parents. « Je ne pouvais garder cette expérience pour moi toute seule. Il fallait la partager parce que cela peut aider d’autres gens à traverser des situations difficiles dans leur vie. »

Martine Fidèle, Rébecca Odéna et Meggie Petit-Maître étaient aussi à la FILHA pour présenter « Écorchées vivantes », un livre paru, cette année, à la maison d’édition Mémoire d’Encrier. Pour ce trio d’auteures, cet ouvrage collectif qui porte la voix de neuf femmes fait son chemin. « C’est un mouvement qui fait de l’écriture un lieu de résistance pour les femmes », a déclaré Martine Fidèle dont le livre a été orchestré sous sa direction. Elle a salué au passage Darline Honoré, l’auteure des « Linges salies », qui signait après son recueil de nouvelles, un roman, « Tout chemin mène à Home ».

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