Nostalgique fête de Noël à Port-au-Prince

En cette fin de l'année 2017, on peine à sentir la Noël à Port-au-Prince. Les décorations font place aux ordures qui envahissent les différentes rues. Les maisons ne sont pas repeintes comme à l’accoutumée. Les arbres de Noël se font de plus en plus rares. La joie, la gaiété, l’envie de fêter, bref l’esprit de noël a disparu. Une catastrophe !

Publié le 2017-12-27 | Le Nouvelliste

Culture -

Dès la fin du mois d’octobre, on voit poindre à l’horizon la populaire fête de fin d’année : la Noël. Les chaïnes de télévision diffusent des films de Kévin, de Turboman, entre autres, toutes les heures ; les radios, quant à elles, nous plongent dans un environnement bercé par les morceaux à succès de jadis. Ne parlons même pas de la publicité qui bat son plein en offrant des « spesyal » pour inciter à l'achat de cadeaux « a pri piyay ». Depuis toujours, la Noël est le symbole du partage, de la paix, de la solidarité et de l'amour. Ainsi, au cours de cette période, les amis, surtout de longue date, font des retrouvailles. Et les familles dispersées se réunissent. Mais, par-dessus tout, les souhaits coulent à flot. Une très belle époque !

Cependant, depuis environ une décennie, cette tradition n’a plus la même envergure chez nous, et se dégrade annuellement. Il n’y a pas deux mots pour exprimer cette sensation: Nostalgie !

La politique semble tout engloutir sur son passage. La quête pour trouver le pain quotidien devient plus rude et tout autre souci s’avère subtil et sans intérêt, même celui de la Noël, dirait-on. Entre le dernier rapport du Petro-Caribe, les discours incessants du président Jovenel Moise, la remobilisation de l’armée, l’augmentation du prix du carburant qui influe sur celui des produits de première nécessité, la fête de Noël 2017 semble reportée à l’année prochaine, selon les dires de plus d’un.

Pourtant, qu’on le veuille ou non, le 25 décembre est bel et bien la Noël. Et on ne peut vivre cette période sans penser au concours de « Chante Nwèl » de Télémax, qui a vu défiler beaucoup de nos grands artistes d’aujourd’hui. Toutefois, il y a un, parmi ceux qui ont participé à ce concours, qui retient notre attention : Supa Denot.

Logé près de la place Sainte-Anne, Supa Moïse Dénot, un ancien champion du concours « Chante Nwèl » de Télémax en 1996 avec son morceau intitulé « Nwèl nan wèl ou », dit ne plus croire au Père Noël. Ses sentiments, sa passion et son dynamisme pour ce genre de musique sont partis en fumée. Le chanteur raconte que sa vie se résume à boire, fumer, blaguer,...

Ce consommateur de bière et de cigarettes explique qu'« Haïti est dirigée par des personnes qui n'ont aucune vision du développement et du progrès. Ces personnes ne pensent qu'à elles seules. Elles ne compatissent pas aux souffrances de ceux et celles qui sont dans le besoin ». Le rappeur, sur un ton provocateur, jette des imprécations et lance des propos orduriers à l'encontre des dirigeants du pays qu'il considère comme des personnes sans conviction.

Sa chanson de Noël qui véhicule des messages de non-violence, d’union, de vigilance, de paix, de prudence, d'amour, de partage et de solidarité poursuit son chemin au côté des autres chansons de Noël. À cet effet, Supa Dénot exprime encore sa capacité à chanter et à écrire. « Je suis un grand chanteur. Master Dji et Manno Charlemagne sont des personnalités de la musique haïtienne en compagnie desquelles j'ai chanté et développé mon talent d'artiste. »

Interrogé sur l'avenir d’Haïti, le chanteur a, sans prendre de gants, répondu : « Haïti est un pays enveloppé à cause de notre étroite mentalité. Pour qu’Haïti aille de l'avant, il faudrait clouer nos dirigeants au pilori. Trop d’hypocrisie dans ce pays. Des gens de mauvaises intentions», dénonce-t-il d'un ton accusateur. D’après lui, le chemin de l’école est la voie par laquelle les jeunes doivent passer pour que le devenir de la société soit assuré.

L’artiste qui, selon plus d’un, n’a pas toute sa tête à cause de la drogue, semble comprendre la situation chaotique qui sévit dans le pays. En revanche, Atròs (un rappeur de Rock Fam) a avoué, dans un article paru dans Ticket le 26 juin 2015, que l’artiste est plutôt frustré : « Ce qu’il y a, contrairement aux commentaires laissant croire que Supa Dénot serait une victime de la drogue, c’est que l’artiste se retrouve depuis un certain temps dans la peau d’un révolté, succombant sous le poids de sa frustration. Et la meilleure façon qu’il a trouvée pour noyer sa peine, c'est l’alcool », a-t-il déclaré.

En dépit du fait que ce rappeur et Fresh la de Vwadèzil se sont impliqués, deux ans de cela, pour changer la situation alarmante de cette ancienne gloire de la musique haïtienne qu’est Supa Dénot, l'état de celui-ci ne semble pas s'améliorer. Adoptée par Manmie Shella, une marchande de la place Sainte-Anne qui prend soin de lui, cette voix de la musique haïtienne dit continuer tout bonnement sa vie de nomade. « C’est moi qui fais la toilette de Supa, c’est pourquoi quiconque peut lui parler sans aucune gêne », lance Mme Schella à qui Supa Dénot doit une fière chandelle.

Qui ne serait pas nostalgique en voyant l’auteur du classique « Nwèl nan wèl ou » dans une telle condition ? Mais une chose est sûre, sa voix ne cessera jamais de demander au Père Noël : « degaje ou pote bon nouvèl ».

Michelet Joseph et Woody Duffault Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article