Passer les fêtes dans un grand embouteillage, votre cadeau pour la fin de l’année

Publié le 2017-12-21 | Le Nouvelliste

Editorial -

Les fêtes de la Noël et du Nouvel an approchent à grands pas. Passé le solstice d’hiver ce 21 décembre, les échéances vont se rapprocher.

Comme pour nous rendre nos journées plus courtes, les autorités haïtiennes ont décidé de faire des embarras de la circulation un passage obligé pour les citoyens normaux.

Quand ce ne sont pas les habituels embouteillages dus aux flux du trafic qui naturellement augmentent pendant la saison des fêtes, ce sont les innombrables véhicules officiels (OF), ceux des services de l’Etat (SE), corps diplomatique (CD), corps consulaire (CC), immatriculation temporaire (IT) et de location (LO) qui, défiant les règles et principes, causent des troubles en perturbant le cours normal de la circulation.

Avec ou sans urgence, certains chauffeurs haïtiens comme étrangers, cachés derrière ces plaques, font montre de toutes les audaces, ne respectent rien. Pour aller régler leurs affaires au plus vite, ils empêchent les autres de circuler.

Comme si cela ne suffisait pas, les policiers ajoutent à la charge. Quand ils sont présents sur votre parcours, c’est souvent la croix, quand il n’y en a aucun, c’est la bannière. Dans les deux cas, vous êtes assuré de perdre de précieuses minutes supplémentaires avant de rejoindre votre destination.

Il y a aussi les nids-de-poules et les cachettes d’éléphants qui parsèment la chaussée. Ces petits et grands trous causent de grands retards quand toutes les voitures sont obligées de ralentir pour les négocier. C’est avec impatience que Port-au-Prince attend la venue de la Caravane du changement pour non seulement lui offrir des routes impeccables, mais aussi la débarrasser des innombrables pots à fleurs que sont devenues les piles de fatras.

Ce jeudi, en plus de tous ces tracas habituels, la présidence, pour faire la fête, a décidé d’établir un vaste périmètre infranchissable autour du palais national. Pendant toute la journée, traverser la principale place publique du pays fut un véritable calvaire. Un blocus au Champ de Mars a des répercussions sur toute la ville. Les autorités ne le savent pas car les véhicules équipés de sirène et de gyrophare qui les transportent ne s’embarrassent pas des sens interdits ni des barricades de police.

Au final, pour accueillir des enfants et leur famille qui, dans leur immense majorité, n’ont pas de voiture, les stratèges ont empêché les automobilistes de vaquer paisiblement à leurs occupations. Ce vendredi et ce samedi, le même dispositif dissuasif sera à nouveau déployé pour permettre aux chefs de fêter en paix. Et surtout sans se soucier des embarras qu’ils provoquent avec et sans périmètre de sécurité.

Un loustic, fin observateur de la scène métropolitaine, a tenté une explication : incapable de créer une atmosphère de fête pour la Noël et le Nouvel an, les autorités font tout pour nous empêcher de rentrer chez nous et nous dissuader d’en sortir.

Parlant de fêtes, ni les quartiers de riches, ni le centre-ville de Port-au-Prince n’ont des habits festifs. Si un grand arbre de Noël orne la cour du palais national et un autre la principale place publique de la capitale, la saison n’est pas à la fête collective. Noël sera, encore une fois, le temps de festivités familiales et de bals dans des clubs privés. Le gouvernement comme les mairies des principales villes qui forment la grande région métropolitaine n’ont pas de projet pour la population.

Frantz Duval
Auteur
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