Deux comités pour le carnaval de Port-au-Prince

Publié le 2017-12-20 | Le Nouvelliste

Editorial -

Comme si on n’avait pas mieux à mettre sur le feu, Port-au-Prince se retrouve avec deux comités pour organiser son carnaval 2018.

En février dernier, la mairie de la capitale, avec les moyens du bord, avait réussi une assez belle fête pendant les trois jours gras. Les orchestres et groupes non retenus pour le carnaval gouvernemental aux Cayes avaient prodigué une animation d’enfer pour les Port-au-Princiens.

Jovenel Moïse avait voulu faire son premier carnaval dans le Sud, la capitale avait dansé sans lui, sans la pluie de millions des pouvoirs publics. Ce fut une grande fête à petit budget au Champ de Mars face à une bamboche chère et sans charme dans la presqu’île du Sud.

Pour 2018, les pouvoirs publics, contrairement à ce qui avait été annoncé, évitent le gouffre de la province et remettent le cap sur Port-au-Prince. Mais, voilà, la mairie de la ville avait déjà ses plans, son thème, son embryon de comité pour son carnaval.

Que va-t-on faire ?

L’État, fort du cordon de la bourse qu’il détient, a formé son propre comité et mis le maire d’office membre d’honneur. Sans être consulté, le premier citoyen de la capitale se trouve transformé en roue de rechange, en cinquième roue du carrosse carnavalesque.

Tout pourrait s’arrêter là si l’État n’avait pas d’arrière-pensées. Pour le carnaval 2017, les groupes musicaux en rébellion contre le pouvoir en place et ceux qui n’avaient pas l’air de plaire aux puissants du moment avaient trouvé cortège au carnaval de Port-au-Prince. Que va-t-on faire d’eux qui avaient pour peu si bien entretenu la foule ?

Comment va-t-on dire aux groupes qui avaient fait les Cayes qu’ils n’ont plus de place au carnaval de Port-au-Prince ?

Plus qu’une question de budget, de contrôle des dépenses, d’allocation des ressources, le carnaval 2018 risque d’être un affrontement pour contrôler la musique, la liberté d’expression des groupes et la place dans le cortège des amis ou des non amis du pouvoir en place.

Au final, deux comités pour un seul carnaval risquent de provoquer une cacophonie sans nom, un vulgaire mélange de couleurs et une pagaille. Ni le gouvernement ni la mairie ne vont faire pour le mieux si on continue sur la voie où la bataille a commencé.

Pourquoi l'État et la mairie n’optent-ils pas pour un vrai carnaval au mérite, avec des concours et des compétitions pour désigner les meilleurs ?

Encore une fois, aurons-nous pour le carnaval 2018 une fête pour les courtisans dans une débauche de décibels, comme nous savons si mal le faire ?

Frantz Duval
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