Corruption : Salué par Macron pour son travail, Moïse tente de soustraire ses alliés de toutes poursuites

Publié le 2017-12-14 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le président Jovenel Moïse achève son voyage en France et en Belgique ce vendredi. L’absence du président a retenu l’attention à cause des péripéties logistiques de son périple, il est arrivé à Paris avec plus de 24 heures de retard pour des raisons restées inexpliquées, mais aussi à cause de ce que des observateurs ont qualifié de faux pas : vestimentaire, protocolaire et autres petits pépins amplifiés par les réseaux sociaux. On a beaucoup discouru sur les tenues, la façon de s’asseoir ou de se tenir du président. L’essentiel n’était pourtant pas là.

La tournée à Paris et à Bruxelles, comme celles de plusieurs de nos chefs d’Etat ces dernières années, ne s’est conclue par aucune signature. Ni accord commercial, ni don, ni grands projets, rien de grandiose n’est sorti des rencontres du président avec son homologue français, avec le roi des Belges ou avec des responsables de l’Union européenne. La délégation haïtienne a fait le suivi des dossiers en cours et profité pour faire connaissance.

Le plus gros montant annoncé est un projet de la Banque Europeenne d'investissement de 150 millions d'euros, l'autre est une redite d’une allocation de 50 millions d’euros dédiée à l’éducation décidée lors de la visite de François Hollande en Haïti, sous la présidence de Michel Martelly. 30 millions de dollars sont promis pour l’environnement, on ne sait pas comment Haïti va en bénéficier. Le projet d'adaptation et de gestion des bassins versants se fera-t-il à travers une ONG du type de celle de Sean Penn, qui était à Paris lui aussi pour financer ses actions, ou sous surveillance française stricte? Dans tous les cas, Haïti n’aura pas la latitude de disposer, comme bon lui semble, de ce don lié et conditionné.

Le voyage n’a pas été inutile pour tous. Il a permis au chef de l’État de prendre position sur le dossier le plus sensible de son quinquennat : la corruption.

Dans ses propos de circonstance au palais de l’Élysée, le président Macron a eu à déclarer : « Je veux ici saluer le travail très important qui est conduit par le Président (Jovenel Moïse) pour la lutte contre la corruption, le renforcement de l'État de droit et lui dire tout le soutien de la France dans ce contexte. » Quelques heures plus tard, le président haïtien, devant une assemblée de compatriotes, a transformé ce soutien en cimetière pour enterrer les deux versions du rapport PetroCaribe.

En déclarant en substance qu’il n’y aura pas de persécution politique contre quiconque dans le pays, le président haïtien a retiré son appui au travail des commissions sénatoriales Latortue et Beauplan. En insistant pour dire « pour cette question de rapport, je suis debout comme un seul homme, il n’y aura pas d’injustice dans le pays », il a fermé la porte aux poursuites et mis des bâtons dans les roues de deux pouvoirs pourtant indépendants du sien, le judiciaire et le parlementaire. Jovenel Moïse a décidé de prendre l’option politique au lieu de l’option institutionnelle, comme c’est toujours le cas en Haïti.

Si le voyage en Europe a été fructueux, c’est pour les alliés du président de la République. Ils ne seront pas inquiétés pendant son mandat. Dans cette enquête parlementaire, des proches de l’actuel président de la République, des proches des anciens présidents Michel Martelly et René Préval sont accusés d’avoir dilapidé l’argent de l'État lorsqu’ils étaient premiers ministres, ministres et directeurs généraux. Beaucoup d’observateur avaient vu dans les perspectives d’une ratification des conclusions du rapport par l’assemblée des sénateurs le début de la lutte contre la corruption en Haïti et une occasion pour toutes les personnes citées dans le rapport de faire jaillir la vérité. Pour le moment, on en est loin. Et comme on dit en Haïti, on s’achemine vers un kase fèy kouvri sa... La question est de savoir s'il y aura assez de feuilles pour recouvrir l'Himalaya???

Frantz Duval
Auteur
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