Le président Moïse a parlé, coup dur pour la lutte contre la corruption

Publié le 2017-12-13 | Le Nouvelliste

Editorial -

La corruption jouit d’une grande popularité depuis que le président Jovenel Moïse l’a placée comme les cinq premiers problèmes auxquels le pays est confronté. Depuis, le successeur de Jocelerme Privert ne rate aucune occasion pour en parler. Avec le rapport version Beauplan sur la lapidation du fonds PetroCaribe, la corruption est devenue davantage populaire, voire une chanson sur les lèvres de tous les Haïtiens. Pour ne pas dérober à la règle, le chef de l’État, dans toutes ses rencontres pendant sa visite en France, accorde une large publicité à sa « lutte contre la corruption ».

C’est au cours de sa rencontre avec des membres de la communauté haïtienne de Paris que Jovenel Moïse a choisi de décliner son opinion sur le rapport sénatorial accablant non encore sanctionné par l’assemblée sur la gestion du fonds PetroCaribe. Sans surprendre personne, Jovenel Moïse a enterré le rapport qu’il assimile à une persécution politique. Le président Moïse a repris les mêmes propos lors d’une interview à RFI. Le président, qui se veut le champion de la lutte anti-corruption, a craché sur un rapport qui exige des poursuites judiciaires contre les mauvais gestionnaires de deniers publics. Quelle contradiction !

Le rapport sénatorial sur les milliards du fonds PetroCaribe peut ne pas être parfait, mais il démontre une évidence : l’argent a été mal utilisé, gaspillé, détourné, voire dilapidé. Le président peut-il dire le contraire ?

Le Sénat, à travers ce rapport en dépit de ses imperfections, fait son travail de contrôle. Les failles relevées dans le rapport ne sont pas une raison suffisante pour le rejeter. D’autres instances pourraient le peaufiner pour rendre justice aux personnalités qui y sont injustement citées et permettre à la justice de poursuivre celles qui le méritent. Etant garant de la bonne marche des institutions, Jovenel Moïse, il l'a répété devant le public qui l’applaudissait à Paris, n’a pas rendu service aux faibles institutions du pays en prenant position contre le rapport. Il n’a non plus rendu service ni à ses collaborateurs immédiats, ni à ses adversaires indexés par le rapport. Il n’a pas non plus rendu service à sa chère lutte contre la corruption, sauf s’il y a une corruption à combattre et une autre à honorer.

Dans d’autres démocraties, un chef de l’État réfléchirait 7 fois 77 fois avant de prendre une telle position sur un scandale financier d’une telle ampleur. Les collaborateurs du président qui y sont indexés se mettraient à la disposition de la justice. Dans certains pays, même une investigation journalistique suffit pour embarrasser des autorités politiques. Ici, un rapport sénatorial est banalisé.

Il est presque évident que sous la présidence de Jovenel Moïse, le procès PetroCaribe n’aura pas lieu. Au nom d’une stratégie pour éviter des persécutions politiques, ceux qui ont dilapidé l’argent que nos enfants et nous allons rembourser au Venezuela n’ont pas à s’inquiéter. Pour le malheur de la lutte anti-corruption, Jovenel Moïse semble oublier qu’il ne peut pas combattre la corruption dans l’impunité. C’est bien d’éviter que le Sénat utilise le rapport comme un outil de persécution, c’est aussi bien que le président n’utilise pas son pouvoir pour empêcher que la lumière soit faite sur l’utilisation du fonds PetroCaribe. C’est le minimum pour un président qui croit avoir la solution de la corruption endémique qui gangrène nos administrations.

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