Quand Haïti devient priorité de la France en matière de coopération

Publié le 2017-12-12 | Le Nouvelliste

Editorial -

Pour la première fois de son histoire, Haïti figure parmi les priorités de la France en matière de coopération. Le président Emmanuel Macron est allé droit au but lundi, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue haïtien, Jovenel Moïse, pour annoncer que la coopération bilatérale avec Haïti revêt une importance particulière pour son pays. Qu’est-ce qui explique ce virage du gouvernement français vis-à-vis de notre pays ? Il n’y a aucun événement majeur ni aucune négociation sur un dossier quelconque qui aurait poussé la France à repenser sa coopération avec Haïti. En matière de relations internationales, la coopération bilatérale évolue dans un sens ou dans un autre en fonction de production, d’exploitation minière, d’expansion économique, de progrès scientifique ou technologique ou en raison de catastrophes naturelles.

En ce qui concerne Haïti, aucun de ces dossiers ne peut expliquer cet engagement de la France à l’égard de son ancienne colonie. Il n’a jamais existé un tel élan de coopération entre les deux pays depuis l’établissement des relations diplomatiques entre eux. En se référant au contentieux soulevé par l’ex-président Jean-Bertrand Aristide à l’occasion de la célébration du bicentenaire de notre bicolore, en mai 2003, il y a matière à conjecturer. Macron veut-il éviter un rebondissement du dossier de la dette de l’indépendance en prenant cette voie ? L’ancien prêtre des bidonvilles avait réclamé de la France, sous la présidence de Jacques Chirac, 21 milliards de dollars comme restitution de la dette de l’indépendance. Le roi Charles X, en 1825, imposa au président Jean-Pierre Boyer le paiement de 90 millions de francs or comme condition pour reconnaître l’indépendance d’Haïti acquise au prix du sang par les généraux de l’armée indigène.

La demande d’Aristide à l’endroit de la France sur le thème « Restitution-Réparation» avait fait les choux gras de la presse internationale. En réponse à la demande des autorités haïtiennes de l’époque, le gouvernement français, à travers son ambassade à Port-au-Prince, allait par la suite jouer un rôle actif aux côtés des partis politiques et des organisations de la société civile dans la lutte pour le renversement du président Jean-Bertrand Aristide.

Cette coopération annoncée par le président français suffira-t-elle à calmer l’ardeur des millions d’Haïtiens qui croient que la demande de restitution de la dette de l’indépendance serait un acte de justice ?

Pour sa part, le président français annonce une aide de 30 millions d’euros ajoutée aux 50 millions qu’avait déjà promis François Hollande en 2015 à Haïti. La structuration de l’Etat de droit, la formation dans la fonction publique haïtienne, la consolidation de l’aide française en Haïti et l’investissement des entreprises françaises en Haïti constituent les points forts de la coopération avec Haïti. En attendant que l’entreprise Expertise France définisse de façon détaillée les termes de cette coopération, comment Emmanuel Macron va-t-il consolider l’aide française en Haïti, étant donné que cette aide n’était que substantielle ?

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

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