Littérature francophone/Alexandre Najar

« Mimosa», un hommage mémorial à la mère

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2017-12-06 | Le Nouvelliste

Culture -

Aux petites heures du vendredi 1er décembre 2017, j’ai eu la chance de capter « Littérature sans frontière» de Catherine Fruchon – Toussaint qui a remplacé Cila Minard et fait son chemin dans le rayon Livres de Radio France International. De passage à Beyrout, son flair de journaliste l’amène à rencontrer Alexandre Najar, écrivain libanais. L’entretien est instructif, je vous en casse un morceau.

Alexandre Najar est habité par la quête de la mère. Comme Dany Laferrière. Comme Albert qui, lui, était parti sur les traces de son père. Le pauvre a laissé sa peau dans l’absurdité de la Première guerre mondiale. Bref, un père qu’il n’a pas connu. Albert est né à Alger en 1913. Lisez « Le premier homme», une œuvre posthume.

En effet, Lucien Camus, à 29 ans, meurt à la guerre sur le front de la Marne, le 11 octobre 1914, des suites d’un éclat d’obus. Albert a 40 ans quand il visite le cimetière où Lucien a été inhumé. Devant sa pierre tombale, les yeux de l’écrivain s’attardent sur l’inscription couchée dessus. Il réalise brusquement qu’il est plus âgé que l’homme qui a été mis dans ce trou en 1914. Le constat surprend aussi son lecteur. Je lui laisse la parole :

« Cormery s’approcha de la pierre et la regarda distraitement. Oui, c’était bien son nom. Il leva les yeux. Dans le ciel plus pâle, des petits nuages blancs et gris passaient lentement, et du ciel tombait tour à tour une lumière légère puis obscurcie. Autour de lui, dans le vaste champ des morts, le silence régnait. [...] c’est à ce moment qu’il lut sur la tombe la date de naissance de son père, dont il découvrit à cette occasion qu’il l’ignorait. Puis il lut les deux dates, « 1885-1914» et fit un calcul machinal : Vingt-neuf ans. Soudain une idée le frappa qui l’ébranla jusque dans son corps. Il avait quarante ans. L’homme enterré sous cette dalle, et qui avait été son père, était plus jeune que lui.

Le premier homme, DCIV, p.754 (cité dans l’album Albert Camus, solitaire et solidaire par Catherine Camus 206 pages. Sur la première de couverture la photo de Camus, 1913-2013, 100 ans)».

Alexandre Najar publie « Mimosa», son nouveau roman en hommage à sa mère. Le romancier libanais adresse avec ce nouveau titre un clin d’ œil à la fois à sa maman (dont c’était le surnom) et à la nature. Dans le langage des fleurs, le mimosa exprime la sécurité, la douceur, la tranquillité, le confort. «Pour une personne qui aimait les fleurs, avoue M. Najar, j’ai trouvé que c’est un très beau titre.» Le mimosa exprime plusieurs symboles. Najar a été bien inspiré en décidant de partager le goût des fleurs de sa maman avec le lectorat.

« Son jardin qu’elle a cultivé n’est plus là, poursuit Alexandre Najar. Quand je vois une rose épanouie, c’est elle que je vois.» cette identification, cette confusion d’une maman avec une fleur est la résultante de l’effort de pensée d’un homme qui revoit (et revit) son enfance, son adolescence et qui s’aperçoit du vide (du manque) laissé par celle qui l’a porté, l’a enfanté et l’a allaité. Enfin, qui lui a permis de devenir ce qu’il est aujourd’hui. Non seulement un homme mais surtout un penseur, un créateur. Ce clin d’œil à la mère est saisissant.

« A l’époque, les femmes ne travaillaient pas, elles géraient leur maison. Eh bien ! Elle a voulu enseigner, elle a décroché deux diplômes...» Cette envie de travailler hors de l’espace domestique était mal vue. C’était aussi le cas un peu partout, pas seulement au Liban.

L’avant-gardisme de Mimosa se reflétait dans sa passion pour la littérature. « Elle lisait Sagan, Beauvoir, Sartre, Camus, se souvient le fils. Elle m’a transmis cette passion pour le livre. Mon premier roman, elle l’a tapé sur sa machine à écrire. J’ai bénéficié de son encouragement, de sa bienveillance, de sa culture.»

Ultime confession : « Sans elle, je ne suis pas sûr que je serais devenu écrivain.» En somme, la mère a transmis à sa progéniture son goût pour la nature et pour la littérature.

Un bel héritage.

«Mimosa», devait en finale préciser Catherine Fruchon-Toussaint, nouveau roman de l’écrivain libanais Alexandre Najar, a paru aux Editions Les Escales.

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