Sommet régional de la finance

Vers le renforcement économique des collectivités territoriales

Le Group Croissance, de concert avec ses partenaires, la Banque de la République d’Haïti et Pro Fin, vient d’ajouter un nouveau volet au sommet international de la finance qu’il organise depuis 7 ans à Port-au-Prince. Il s’agit du sommet régional de la finance ayant déjà eu lieu dans les départements de l’Artibonite, du Nord et qui le sera dans les prochains jours dans le Sud du pays.

Publié le 2017-12-06 | Le Nouvelliste

Economie -

Pour l’année 2017, en attendant que 2018 se pointe, les trois départements susmentionnés vont être parcourus par Kesner Pharel et son équipe dans le cadre du Sommet régional de la finance qui vise à montrer comment les élus locaux peuvent attirer plus de recettes à travers des activités économiques dans leurs régions.

Le week-end écoulé, 1er et 2 décembre, le Group Croissance s’est rendu dans la grande région du Nord, assisté des associations des maires du Nord et du Nord-Est et de la Chambre de commerce du Nord, pour réaliser ce sommet autour du thème « Financer le logement en Haïti » qui s’est tenu tour à tour à Limonade, au Cap-Haïtien et à Fort-Liberté. Antérieurement, le même exercice était répété à Saint-Marc et aux Gonaïves, en accord avec l’Association des maires de l’Artibonite.

Le souci, selon Kesner Pharel, P.D.G. du Group Croissance, est de montrer aux régions, particulièrement aux maires et aux Casecs, aux professionnels et directeurs des affaires, comment tirer profit des opportunités qui existent dans des produits tels que « Ma Maison », « Kay Pam », « Kay Bèl », etc. En ce sens, la Banque de la République d’Haïti (BRH), la Banque nationale de crédit (BNC) et le Fonds de développement industriel (FDI) ainsi que la Sogebel ont fait le déplacement en compagnie du Group Croissance pour notamment expliquer aux participants les conditions d’octroi des prêts et la politique de logement soutenue par la banque centrale.

« Nous avons travaillé avec eux [les élus locaux] pour les aider dans la mobilisation fiscale, [à déterminer] quel type de politique de logement mettre en place, comment travailler avec les banques commerciales s’ils ont des terrains pour qu’ils puissent faire du développement », a fait savoir l’économiste Kesner Pharel précisant qu’après l’Artibonite et le Nord, il se rend dans le Sud les 14, 15 et 16 décembre en cours, toujours en compagnie des mêmes partenaires, dont l’Association des maires du Sud et la Chambre de commerce du Sud.

Nous allons faire la même chose, a poursuivi Kesner Pharel, à savoir faire comprendre aux élus locaux qu’ils doivent livrer bataille pour obtenir une part plus significative des investissements publics dans le budget national. Puisant des données du budget 2015-2016, l’économiste Pharel signale que le département du Nord a généré des ressources propres estimées seulement à 83 millions de gourdes, à peu près 1.2 million de dollars américains. Alors que dans le même intervalle, la commune de Delmas enregistrait 10 millions de dollars américains de ressources domestiques, près de 600 millions de gourdes.

L’écart est tellement abyssal qu’on n’ose même pas comparer le département du Nord avec ses 83 millions de gourdes, dont plus de 80% de ce montant contrôlé par la commune du Cap-Haïtien, avec la commune de Delmas et 600 millions de gourdes de recettes fiscales. Et ce cas de figure n’est pas seulement inhérent au département du Nord. « Le reste des communes [du pays] n’ont pratiquement pas d’argent qui rentre dans leur caisse, que ce soit en termes de patente ou encore de CFPB », a souligné Kesner Pharel.

Selon le P.D.G. du Group Croissance, la Contribution foncière des propriétés bâties (CFPB) dans le Nord est à peu près 45 millions de gourdes et là encore c’est la commune du Cap-Haïtien qui contrôle à peu près tout, notant au passage que, dans chaque département, c’est le chef-lieu, en termes de collecte, qui domine toutes les autres communes.

Même cas de figure pour l’allocation des ressources. Dans le budget 2017-2018, informe Kesner Pharel, l’investissement public pour les deux départements du Nord et du Nord-Est n’atteint même pas 4 milliards de gourdes. Quelque 2,7 milliards de gourdes en tout pour ces deux régions. Le département de l’Artibonite s’est vu allouer à peine 2 milliards de gourdes.

« Si les élus locaux ne réalisent pas plus d’activités économiques chez eux, s’ils ne peuvent pas attirer plus de ressources dans le budget national, il leur sera assez difficile de mobiliser des ressources propres », a averti l’économiste. Bien que la Constitution leur garantit l’autonomie financière, dit-il, ils n’ont pas la capacité d’émettre des bons municipaux.

« Ce sont toutes ces opportunités, ces produits que nous leur avons enseignés afin qu’ils soient mieux organisés, pour une meilleure gouvernance locale, pour un certain dynamisme économique avec la participation du secteur privé », a fait savoir Pharel plaidant pour qu’il y ait plus d’infrastructures dans les régions et pour que le gouvernement local soit plus solide.

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