Quand le président tente d’acheter sa paix

Publié le 2017-12-20 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Le 14 septembre 2017, le président de la République Jovenel Moïse a rencontré quelques structures politiques au Palais national, sur le financement et l’institutionnalisation des partis politiques. Après deux rencontres, il a fallu un comité de suivi pour accoucher dans le plus bref délai de ce projet ambitieux qui, d’une part, assurera en partie le mandat du président en limitant l’impact des mouvements de rues et, d’autre part, fera le grand bonheur des frustrés, des perdants et de quelques militants politiques certifiés. En l’espace de trois mois environ, 572 millions de gourdes ont été au centre des débats. De cette somme, 250 millions sont déjà disponibles dans la loi de finances 2017-2018 pour 58 organisations politiques.

Dans un contexte où nous assistons à un effritement des valeurs institutionnelles et à l’institutionnalisation de la corruption, le président a jugé opportun d’amortir sa chute en “graissant la patte” de quelques structures politiques, ignorant certains critères prévus par la loi du 16 janvier 2014. Puisque l’appellation de la loi sur la formation, le fonctionnement et le financement des partis politiques en dit long sur ce qu’elle charrie, nous pouvons comprendre que celle-ci a voulu que les partis politiques soient d’abord formés suivant les prérequis du ministère de la Justice et de la Sécurité publique, pour ensuite fonctionner correctement, conformément aux objectifs fixés. La formation et le fonctionnement de ces structures haitiennes, dites partis politiques, constituent alors l’INSTITUTIONNALISATION, élément important donnant enfin droit au FINANCEMENT.

Si la loi du 16 janvier 2014 a voulu que l’institutionnalisation des partis politiques précède leur financement, le président de la République a voulu, par contre, faire bénéficier d’un crédit de fonctionnement à des structures politiques afin de déblayer un peu les rues. Un crédit avec un taux d’intérêt élevé qui doit être, encore une fois, payé par nous autres contribuables. Le remboursement se fera en nature: La paix pendant le mandat du président.

Ce “deal” est certes le fruit des suggestions d’un consensus entre une cinquantaine d’organisations politiques contre certains prescrits de la loi 16/01/14, mais nous pouvons toutefois redresser la barque en exigeant la diffusion des projets politiques (si projets il y a) de ces organisations sur le territoire national et la remise annuelle d’un bilan avec les pièces justificatives au ministère des Finances, comme le prescrivent les articles 39 et 40 de la loi du 16 janvier 2014.

Cinq cent soixante-douze (572) millions de gourdes pour mettre fin à la souffrance de 58 groupes d’hommes et de femmes sur un an tandis que plusieurs secteurs de la vie nationale digèrent, malgré eux, le fait qu'ils soient oubliés dans certaines discussions. Les collectivités territoriales, le système sanitaire de toute la population, les professeurs et les policiers, sont, entre autres, les principales victimes. Leur souffrance, vieille de plusieurs années, ne saurait guère interpeller le président de la République au même titre que les militants politiques. La politique a toujours été une urgence. L’éducation, la santé, le bien-être du peuple, le paiement des fonctionnaires (…) ne peuvent en aucun cas menacer le mandat d’un président.

Financer d’abord les structures politiques, les institutionnaliser ensuite. Remobiliser l’armée et parler de l’amendement constitutionnel (…) puis, mettre les bouchées doubles pour les Etats généraux sectoriels de la nation. Gaspiller des millions pour des routes, penser canalisation après l’inauguration. Laisser construire dans les zones à risque, crier au secours après les catastrophes. Préparer l’état d’urgence à l’annonce d’un ouragan, au lieu de chercher à limiter les dégâts. [..] Telle est, malheureusement, cette si mauvaise culture qui s’est installée et qui prend forme dans la fière société haïtienne.

Pierre Cosny BELLEVUE Coord. APPA/MAHJeune Sénateur de la République Jeune Ambassadeur du Sud-Est Jeune Ambassadeur de la Francophonie des Amériques* +50938025766 *Facebook*: https://www.facebook.com/bcosny *Twitter*: https://twitter.com/Bcosny (@Bco Auteur
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