Quand l’Éclair AC laisse un exemple à suivre

Après sa relégation en deuxième division, l’Éclair AC (Gonaïves), qui avait essuyé tout au long du championnat pas mal de difficultés, comme le départ de son président Frantz Sajous, a eu, par le biais de son comité exécutif, la délicatesse d’écrire aux clubs restants de l’élite du football pour les féliciter. Cette grandeur d’âme qui pique la curiosité de plus d’un, nous amène à interviewer son secrétaire général, le Dr Pierre Gracia Bien-Aimé.

Publié le 2017-12-05 | Le Nouvelliste

Sport -

Le Nouvelliste : Relégué en division inférieure, l’Eclair AC a pris la décision d’écrire aux autres clubs non relégués pour les féliciter. D’où vient cette idée novatrice ?

Pierre Gracia Bien-Aimé : Par le biais du football, on a voulu vendre une autre image, je dirais même une image positive de la ville des Gonaïves. Vous n'êtes pas sans savoir que la cité de l'Indépendance a la réputation d'être une ville chaude. Nous autres au sein de l'Éclair AC, malgré notre position de relégation, nous avons pris la décision de mettre l'emphase sur le fair-play afin que nos matches se déroulent dans une ambiance cordiale. Voyez-vous, alors qu’il y allait de notre maintien en D1, nous avons perdu à domicile face à l'AS Mirebalais (0-3) et au Don Bosco FC (0-1). Certainement, si nous avions gagné ces matches, nous n'aurions pas été relégués. Contre le FICA, nous avons inscrit un but valide, mais l'arbitre en a décidé autrement. Bien que le match se jouait dans notre fief, pas une pierre n'a été lancée au parc Vincent. Que dire des rencontres que nous méritions de gagner à l'extérieur ? Eu égard à notre philosophie, nous pensons qu’il y a plus de fierté à perdre dans la dignité qu'à gagner dans la violence ou dans l’indignité. Sportifs que nous sommes, au nom du fair-play, nous avons pris la décision d’écrire à nos homologues pour les féliciter. Que je sache, ils ont consenti d’énormes sacrifices.

LN : Au cœur d’une même ville (Gonaïves), deux équipes (Racing FC et Éclair AC) et deux publics différents. Cela vous dit quoi ?

PGB : Cela peut arriver. Nous avons dit clairement à nos fans que s’ils commettaient une bévue, c’est l’équipe qui allait payer. Or, nous ne disposions pas d’argent. Ils ne font qu’appliquer strictement nos conseils. Nous souhaitons vivement que le public du Racing FC fasse pareil. Contre le FICA, en quart de finale du championnat national, il s’est bien comporté à côté de la banderole déployée par les joueurs pour dire non à la violence. C’est un geste fantastique.

LN : Les cas de violence se produisent en cascade dans notre championnat national. Vu que l’Éclair AC est l’une des rares exceptions à cette règle, vous proposez quoi pour freiner ce phénomène ?

PGB : Nous venons de montrer la voie à suivre. Les dirigeants ont un rôle important à jouer. Ils ont pour devoir de conscientiser les fans de leurs équipes. Le football est avant tout un jeu. Cela dit, l’enjeu ne doit, en aucun cas, tuer le jeu. Parallèlement, l’instance organisationnelle de la compétition, de concert avec les différentes commissions, se doit aussi de tracer l’exemple pour éradiquer les cas de violence qui gangrènent notre sport roi.

LN : Pourquoi l’équipe de l’Eclair AC, à rebours du Racing FC, a décidé de jouer ses matches au parc Vincent en lieu et place du parc Miguel Saint-Jean, sis à Morne Blanc ?

PGB : En fait, le parc Miguel Saint-Jean, situé à Morne Blanc, donc en dehors de la ville, n’appartient ni au Racing FC ni à l’Éclair AC. C’est un choix stratégique car nos fans, privés de moyens de déplacement, nous obligent à jouer nos matches au parc Vincent. Vu la qualité de nos joueurs, certains observateurs pensent qu’en jouant à Morne Blanc, sur le plan sportif, nous aurions peut-être un meilleur résultat. Cela dit, le mal est déjà fait. Nous en avons pris note et nous allons batailler ferme pour revenir le plus rapidement possible dans l’élite du football national.

LN : Fondé le 5 juillet 1951 (66 ans), l’Eclair AC n’est autre que le doyen des équipes du département de l’Artibonite. Tout compte fait, en termes de palmarès, vous n'avez presque rien. Et de plus, votre équipe est tout simplement instable en D1.

PGB : Là-dessus, vous avez peut-être raison. C’est un constat vrai. Cependant, il n’est jamais tard pour bien faire. A la difference de nos rivaux artibonitiens, nous ne baissons pas les armes, autrement dit, nous allons continuer à travailler pour combler notre retard.

Le Nouvelliste : S’il faut placer un dernier mot, vous direz quoi à propos de votre équipe, Éclair AC, qui a témoigné d'un bon exemple de fair-play dans notre football ?

Pierre Gracia Bien-Aimé : Une fois de plus, nous tenons à féliciter nos anciens challengers de la D1. Nos remerciements vont aussi à notre cher public. En deuxième division, nous allons mettre le paquet pour revenir le plus vite possible dans l’élite du football national.

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