Hérodiane, un récit d’amour et de haine

Ce n’est pas chose courante de commencer un récit par une question, voire deux. Le sang et la mer II, mélange indissociable, met en scène Hérodiane, le personnage principal de ce roman de Gary Victor - prix de la Bourse Rhum Barbancourt en 2015. Cette écriture décrit avec étreinte une vie agitée au cœur de la vengeance entre les réminicences d’un passé ancré dans la mer et le désir qui s’installe malgré la puissance de la haine.

Publié le 2017-12-05 | Le Nouvelliste

Culture -

« Faut-il tuer le désir ou l’être qui le suscite ? Ou les deux simultanément?» C’est à travers le souffle de la mer, le « bleu de l’enfance » de l’héroïne, que l’aventure féerique avec cette jeune femme continue après le tome I de « Le sang et la mer ». Sans renoncer à ses valeurs, Hérodiane lutte pour se faire une place au soleil. Ce récit hume la vie et les petits détails qui la composent pour réconcilier le passé et le présent. Certes, « le passé n’est pas le présent. Mais qu’on le veuille ou non, le présent est une construction du passé. On ne peut ignorer son passé. Sinon, on se fragilise », comme il est insufflé dans la narration de ce texte.

Dans un décor intérieur de haine et de désir, la douleur se meut au centre de cette narration à la première personne du singulier. Hérodiane, sauvée d’une noyade par le sénateur Jean Aurélien, responsable de la ruine et la mort de ses parents à Saint-Jean, présente un caractère typiquement dichotomique amour-haine: « La haine peut-elle nourrir le désir?» Ces deux sentiments peuvent-ils cohabiter ? Dans la création de cet univers se dresse un portrait des tabous. Monsieur Wilson est l’amant du frère d’Hérodiane, Estevèl. L’enjeu de cette lutte est ce frère qu’Hérodiane avait cru mort et qui ne répond que par une phrase avant son rire désanchanté  lorsque son amant fait appel à lui: « Il ne veut pas me laisser partir. »

Au cœur d’une curieuse lutte, Hérodiane se bat entre Agwe, le dieu de la mer, et Damballah, le dieu serpent. On est plongé dans l’univers des dieux avec ses personnages qui sont des pions entre les mains de ceux-ci.

Ce roman de Gary Victor, de 157 pages, fait la photographie « de notre société névrosée », de la vie urbaine face à notre mépris pour les milieux ruraux, de nos traditions. C’est une histoire fascinante qui tend vers ce que les Anglo-Saxons nomment le fantastique où l’humour: l’absurdité et les petits détails créent les rapports inhérents à la vie. L’amour, la haine et la vengeance sont portés par une voix faite d’effusion de sang et d’eau de mer.

Eunice Eliazar eunice18271@gmail.com Auteur

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