OMS : Un médicament sur dix est un faux dans les pays en développement

Selon une nouvelle étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un médicament sur 10 circulant dans les pays à faibles revenus et à revenus intermédiaires est soit inférieur aux normes, soit falsifié. L’OMS ne cache pas ses préoccupations face à la montée en puissance de ce trafic et de son fort impact économique et social.

Publié le 2017-12-05 | Le Nouvelliste

National -

Dans un rapport rendu public le 28 novembre dernier, l’OMS reconnait qu’il s’agit d’un problème majeur pour les systèmes de santé des pays à faibles revenus ou à revenus intermédiaires. En effet, un traitement sur dix commercialisés dans ces pays ne respecte pas les normes ou est un faux médicament. Le résultat est terrifiant car de plus en plus de malades exposés à ces faux traitements voient leur état de santé se dégrader, à moins qu'ils ne décèdent tout bonnement.

« Cela signifie que les gens prennent des médicaments qui ne traitent pas ou ne préviennent pas la maladie. Non seulement c'est un gaspillage d'argent pour les individus et les systèmes de santé qui achètent ces produits, mais les produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés peuvent causer des maladies graves ou même la mort », déplore le rapport, signalant que les médicaments de qualité inférieure et falsifiés touchent particulièrement les communautés les plus vulnérables.

Depuis 2013, l'OMS a reçu 1500 rapports de cas de produits de qualité inférieure ou falsifiés. Les médicaments contre le paludisme et les antibiotiques sont les plus contrefaits, d'après l'OMS. Ils représentent respectivement 19,6% et 16,9% des traitements falsifiés et ne respectent pas les normes dans les cas recensés par l'organisation entre 2013 et 2017. Les anticancéreux qui arrivent en 4e position, représentent 6,8% des cas de médicaments contrefaits.

Avant 2013, il n'y avait pas de rapport global de cette information. Depuis que l'OMS a mis en place le Système mondial de surveillance des produits de qualité inférieure et falsifiés, de nombreux pays sont désormais actifs dans la déclaration des médicaments, des vaccins et des dispositifs médicaux suspects.

Les seuls faux antibiotiques seraient responsables de la mort de 72 000 à 169 000 enfants dues à des pneumonies par an dans le monde. Dans le cas du paludisme (malaria), plus de 100.000 morts pourraient être évités en Afrique subsaharienne chaque année si les médicaments utilisés n'étaient pas contrefaits, et les systèmes de santé pourraient économiser 40 millions de dollars, précise l'OMS.

Du point de vue géographique, 42% des rapports, soit le nombre le plus élevé, proviennent du bureau Afrique de l'OMS, 21% du bureau des Amériques de l’OMS, ex aequo avec le bureau Europe de l'OMS. La prolifération de ces produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiés, allant du traitement du cancer à la contraception, est attribuée à des problèmes de régulation et dispositifs législatifs inadaptés.

Si les contrefaçons ne cessent de proliférer dans ces régions, c'est à cause de nombreux facteurs, comme "des dispositifs législatifs inadaptés avec un manque de régulation, une porosité des frontières, un manque de médicaments, une chaine logistique complexe et des populations mal informées", détaille l'Institut international de recherche anticonfrefaçon de médicament (l'Iracm).

Ce trafic peut s'avérer très rentable. Pour 1.000 dollars investis, le profit peut grimper à 500,000 dollars pour des falsifications de médicaments très onéreux, estime l'International federation of pharmaceutical manufacturers.

Les produits médicaux de qualité inférieure atteignent les patients lorsque les outils et la capacité technique pour appliquer les normes de qualité dans la fabrication, l'approvisionnement et la distribution sont limités. D'autre part, les produits falsifiés ont tendance à circuler là où une réglementation et une gouvernance inadéquates sont graves par une pratique contraire à l'éthique par les grossistes, les distributeurs, les détaillants et les travailleurs de la santé. Une proportion élevée de cas signalés à l'OMS survient dans des pays ayant un accès limité aux produits médicaux.

La mondialisation rend la réglementation des produits médicaux plus difficile. De nombreux falsificateurs fabriquent et impriment des emballages dans différents pays, transportant des composants vers une destination finale où ils sont assemblés et distribués.

Au total, le marché mondial de la contrefaçon de médicaments représentait 75 milliards de dollars par an, selon un rapport de l'Institut international de recherche anticonfrefaçon de médicament (l'Iracm), via Internet et des flux physiques. Le World Economic Forum va plus loin en chiffrant en 2014 ce marché illicite à 200 milliards de dollars.

Cette étude s'appuie sur plus de 100 articles de recherche publiés sur des enquêtes de qualité des médicaments menées dans 88 pays à revenu faible et intermédiaire impliquant 48 000 échantillons de médicaments. Le manque de données précises signifie que ces estimations ne sont qu'une indication de l'ampleur du problème. Davantage de recherches sont nécessaires pour estimer avec plus de précision la menace que représentent les produits médicaux de qualité inférieure ou falsifiée.

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