PetroCaribe-Corruption: Une tache de sang au front des dilapidateurs

Publié le 2017-12-01 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Leur voix, si elle n'était celle d'une horde de voleurs et de criminels présumés, serait assez puissante pour réveiller des morts partis depuis des siècles. Tant ils parlent fort. Démentis à gauche, dilatoires et démagogies à droite, les présumés coupables de la dilapidation du fonds PetroCaribe et leurs suppôts semblent vouloir assourdir la république entière. Et se poursuit donc cette tradition haïtienne de corrompus, présumés ou pas, dont la voix résonne aux quatre coins quand celle des honnêtes gens se fait murmures ou silence de cimetière.

Mais au-delà des amalgames à dessein et vacarmes assourdissants, une question demeure: les maigres réalisations effectuées dans le cadre de ce fonds sont-elles proportionnelles à cette masse d'argent (plusieurs milliards de dollars américains) dont Haïti a pu bénéficier, sous forme de prêts, du Venezuela?

À cette interrogation, les tons baissent. Un malaise, petit à petit, s'installe, ramenant les nerfs dilatés à leur état initial. C'est plus qu'une évidence, le fonds PetroCaribe a été en partie ou en grande partie détourné. Et l'on comprend vite le malaise des uns et des autres, en ayant participé à cette gestion scandaleuse ou aux différentes dépenses effectuées, à la question de la proportionnalité entre la réalité et les milliards décaissés; d'ailleurs les accusés ne se défendent-ils pas plutôt à titre individuel que de s'engager dans la défense stupide d’équipes gouvernementales soupçonnables quand, même pour l'Haïtien lambda, aucun doute ne plane sur le détournement des milliards du PetroCaribe.

Maintenant que, plus ou moins, nous admettons tous l’évidence de la dilapidation du fonds PetroCaribe, mais pouvait-il l'avoir été par lui-même? Même jouant le ridicule à la puissance dix, on s'interdirait de répondre par l'affirmative et ainsi s'engouffrer dans des inepties.

Voila ! Ce sont les responsables de cette dilapidation qu'il convient de rechercher par tous les moyens et de punir avec la dernière rigueur. Les braves et honnêtes citoyens et citoyennes de la République ne doivent, sous aucun prétexte, faire l’économie d'une telle bataille, laquelle, entre autres, doit permettre de rendre justice à ces femmes qui meurent, faute de soins de sante, en mettant au monde leurs progénitures, ces milliers d'enfants qui ne vont pas à l’école faute de construction d’écoles publiques en quantité suffisante, ces enfants qui tombent malades et meurent faute d'eau potable, ces jeunes qui, au péril de leur vie, quittent massivement le pays pour avoir perdu tout espoir dans la renaissance d'une Haïti s'enlisant chaque jour davantage dans le sous-développement...

Juger et punir les dilapidateurs du fonds PetroCaribe, c'est rendre justice à toute la société haïtienne et, par ricochet, projeter une meilleure image d'Haiti aux Haïtiens eux-mêmes et aux étrangers, leur disant haut et fort que le pays n'est pas une république de corrompus avérés ou veut rompre d'avec les anciennes pratiques. Et tant que n'aura pas lieu le procès, en bonne et due forme, des dilapidateurs et de leurs complices, la société gardera des accusés dans cette salle affaire de corruption l'image d'une bande de voleurs et de criminels en liberté grâce au climat d’impunité séculaire qui règne dans le pays. De génération en génération, rien qu'à l’évocation de leurs noms, naîtra, comme devant des égouts obstrués, une envie de vomir chez cette génération d'Haïtiens qui s'est vu imposer le paiement d'une dette faramineuse qui pourtant n'avait fait qu'enrichir des prédateurs politiques ayant pris la République en otage, empoisonnant ainsi l'existence, déjà cauchemardesque, de toute une jeunesse, de tout un peuple.

Jocelerme Privert et le fonds PetroCaribe

La rumeur semble de plus en plus se confirmer concernant une dernière partie du fonds PetroCaribe qui aurait été décaissée et dépensée sous l'administration de l'ex-président provisoire Jocelerme Privert et du Premier ministre Énex Jean-Charles. C'est d'ailleurs la principale béquille des accusés du régime «tèt kale» taxant de partiale l’enquête sénatoriale relative à la gestion de ce fonds, reprochant aux enquêteurs de n'avoir pas étendu leur travail au pouvoir de Jocelerme Privert, dont ils sont pour la plupart des proches. Force est d’admettre que ces derniers auraient raison au cas où l'information serait confirmée. La recherche des coupables dans cette vaste opération de détournement de fonds publics doit s’étendre aux différents pouvoirs concernés par cette question. Personne, et aucune tendance politique, ne doit être épargnée.

De ce point de vue, et au nom de l’équité, des travaux additionnels visant à compléter l’enquête se révèlent obligatoires, même si la société ne doit nullement se laisser subir la loi des dilapidateurs ou d’éventuels dilapidateurs afin d’éviter que l'affaire PetroCaribe soit sacrifiée sous l’hôtel d’intérêts politiques particuliers ou qu'une collusion entre criminels ne vienne la bâcler, comme bien d'autres affaires d'ailleurs.

Jonas Dorisca

Journaliste et éducateur jdorisca2@yahoo.fr Auteur

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