Le récit du disparu : Pierre Clitandre mène l’enquête

Après Cathédrale du mois d’août, Vin de soleil, La maison des surprises et Simbi Androgène, le romancier Pierre Clitandre nous vient cette fois-ci avec Le récit du disparu, un ouvrage où se mêlent l’enquête et l’imaginaire.

Publié le 2017-12-06 | Le Nouvelliste

Culture -

Un père disparu sous la dictature duvaliériste, un fils exilé qui revient au pays pour faire son deuil, voilà ce que nous offre l’auteur dans son nouveau titre. Il nous propose de faire avec lui ce voyage, ou mieux, ce pèlerinage où se mêlent valeurs et traditions haïtiennes, en quête d’explications à cette disparition pour le moins suspicieuse. Cette parfaite liaison entre faits et imaginaires confère à ce « roman » toute son authenticité. « Le récit du disparu propose un détour. Des faits à la rumeur en passant par l’imaginaire et le symbolique, le roman tente de mettre un terme à la justice expéditive officieuse pratiquée dans les traditions du pays et aux lenteurs administratives de la bureaucratie officielle », nous dit l’auteur.

L’ouvrage nous plonge dans les méandres du merveilleux, du symbolique haïtien où tout est empreint d’une note mystique. Il y est question de « bòkò », de poudre toxique, de cercueil transporté dans un bus, et de cohabitation avec le diable. Les scènes choisies par l’auteur sont décrites avec simplicité, mais aussi une dextérité sans faille. « Le récit du disparu se donne des repères : une rivière, un bus, une armoire, une résidence, l’asphalte d’une route, un kwi.»

Les personnages y jouent leur rôle avec une habileté proche de la perfection.

Tel un miroir, les pages de ce livre met le lecteur face à lui-même. Qui n’a pas encore entendu parler de la possession de terres, véritable sujet de discorde en Haïti ? Quel Haïtien n’a pas encore entendu parler de Léogâne, de l’Artibonite, de Saut-d’Eau, pour la reconnaissance ésotérique de ces lieux ? Qui n’a pas encore assisté au spectacle des lavandières, «kivèt » entre les jambes, faisant la lessive ? Et quel mâle à qui on n’a pas encore offert une partie de plaisir en pleine campagne ?

« Le récit du disparu est une œuvre cathartique. Il s’agit de faire le deuil pour repartir vers l’avenir. Cela permet de ne pas se limiter à la chronologie, mais de faire des connexions du temps, de recourir à la mémoire, d’explorer un ancien mythe féminin et de confier aux correspondances des faits la responsabilité d’une enquête particulière. » Ce livre est aussi l’expression de toute l’humanité de l’être ; cet être capable de pardonner et de faire preuve de charité pour aller de l’avant.

Une quête à poursuivre, un livre à lire, « Le récit du disparu », une pierre de plus dans la construction du monde littéraire haïtien.

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