Les coresponsables de l’insalubrité de nos rues

Publié le 2017-11-27 | Le Nouvelliste

Editorial -

Les rues de nos grandes villes sont sales. Ce n’est pas une fiction, mais un constat qui saute aux yeux. Chaque pile d’immondices qui occupe anarchiquement nos rues déjà trop étroites symbolise l’échec des autorités chargées de l’assainissement même si elles font semblant de ne pas comprendre. On n’a pas besoin d’être expert dans le domaine pour constater que le Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS) et les mairies de la zone métropolitaines de Port-au-Prince ont donné carte blanche aux ordures. Ils ne sont pas les seuls. Apparemment, il semble qu’il y a consensus pour vivre dans les grandes villes avec des rues qui croulent sous des tonnes d’immondices.

L’insalubrité de nos rues est le résultat de l’urbanisation sauvage de nos villes, particulièrement Port-au-Prince et Cap-Haïtien. Comme ses prédécesseurs, Jovenel Moïse tarde à sortir encore la bonne formule pour remédier à cette situation qui ne fait pas notre honneur. En écoutant la directrice du SMCRS, Magalie Habitant, sur les ondes de Magik 9 ce lundi, il est permis de craindre que nous ne soyons pas sortis de l’auberge assez vite. Le problème de salubrité de nos rues est trop complexe pour croire que le simple fait d’acquérir des équipements lourds peut le résoudre.

S’il est clair que l’État peine à trouver une solution durable à la question d’insalubrité, le secteur privé semble ignorer le potentiel économique d’un tel phénomène. Dans d’autres pays, on crée des emplois à partir des ordures, ici elles nous embarrassent, nous créent des problèmes, nous compliquent la vie. Dieu seul sait combien de maladies qui font des ravages au sein de la population prennent naissance dans les piles de déchets qui jonchent nos rues quand on ne les brûle pas à longueur de journée! Deux mauvaises pratiques qui mettent en péril notre santé. N’est-il pas un paradoxe quand nous construisons des hôpitaux flambant neufs, mais oublions d’assainir nos rues ? Ceux qui nous gouvernement investissent souvent dans les soins curatifs, mais oublient le déterminant de base de la santé : la prévention.

Vivre dans un environnement sain semble être la cadette de nos priorités. Pour preuve, l’État ferme les yeux sur le non-respect des règles de l’hygiène publique. Chacun se débarrasse de ses immondices comme il peut. Au vu et au su des autorités, on les jette en pleine rue, on les balance dans les ravins, dans les égouts, etc. Le commerce, au détriment de l’environnement, se fait en toute liberté. Il n’y a aucune restriction sur les sachets d’eau, les sacs en plastique qu’on donne à profusion dans les supermarchés et les marchés publics ainsi que les assiettes et gobelets en foam. La tentative de l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe de les interdire sur le marché n’a pas produit les résultats escomptés. Le mercantilisme de nos commerçants et l’appétit de nos contrebandiers ont eu raison de la faiblesse de l’État.

Dans ces conditions, sans un consensus entre l’État, le secteur privé et la société civile, une solution durable à la saleté de nos rues restera un vœu pieux.

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