Mois de l’énergie de la CARICOM /Rapport CNUCED

Le manque d'accès à l'énergie dans les pays les plus pauvres, un frein à la croissance

La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a publié, le jeudi 23 novembre, son rapport 2017 sur les pays les plus pauvres du monde. Cette année, l’organisation s’est intéressée à l’accès à l’énergie moderne dans ces pays.

Publié le 2017-11-24 | Le Nouvelliste

Economie -

L'édition de cette année du Rapport sur les pays les moins avancés (PMA) de la CNUCED porte sur l'accès à l'énergie transformationnelle pour les PMA, où 62% des personnes n'ont pas accès à l'électricité, contre 10% dans les autres pays en développement. Actuellement, la majorité des personnes qui n'ont pas accès à l'électricité dans le monde vivent dans les PMA.

À première vue, Rolf Traeger, économiste à la CNUCED et coordonnateur du rapport, n’établirait aucune automaticité entre accès universel à l’énergie moderne et accélérateur de la croissance. Une chose demeure certaine : le manque d’énergie moderne freine considérablement la croissance et rend difficile la transformation structurelle des économies.

Pour la CNUCED, «l'énergie pour tous» dans les PMA nécessite plus que l'accès à l'énergie pour les besoins domestiques de base. Elle exige qu’il serve aussi directement les capacités productives, en alimentant la transformation structurelle des économies des PMA et le développement d'activités et de secteurs plus productifs et modernes avec des approvisionnements énergétiques adéquats et fiables.

En effet, la CNUCED précise que 42 % des entreprises en activité dans les PMA estiment que le manque d’énergie fiable et stable est un obstacle majeur au développement de leurs activités. Elles souffrent d'une dizaine de coupures d’électricité par mois. Des coupures qui durent en moyenne cinq heures, entraînant la perte de 7 % de leur chiffre d’affaires.

Les défis sont donc énormes. La part de la population des pays les moins avancés avec accès à l'électricité est passée de 10% en 1990 à 38% en 2014. Or, l'Objectif de développement durable (ODD) numéro 7 prévoit l’accès universel d'ici à 2030.

Pourtant, la capacité de production installée par habitant dans les PMA en 2014 est à peine un douzième de celle des autres pays en développement, à 50 watts contre 600 watts, et un cinquantième de celle des pays développés. De plus, 82% des personnes qui n'ont pas accès à l'électricité dans les PMA vivent dans les zones rurales.

Haïti, unique PAM des Amériques, hôte du mois de l’énergie de la CARICOM

Hasard de calendrier ou pure coïncidence ? Le rapport de la CNUCED est rendu public à une semaine de la clôture du mois de l’énergie de la CARICOM qu’Haïti a réalisé depuis le premier novembre et qui a été lancé cette année autour du thème « Repens-ER l’énergie : Façonner une communauté résiliente ».

À l’instar des 47 PMA, dont 33 sont africains, en Haïti, les préoccupations concernent l’indisponibilité de services énergétiques modernes pour une grande partie de la population, ainsi que l’absence de liens entre énergie, secteurs productifs et la dynamique socioéconomique du pays.

C’est une lapalissade de dire qu’Haïti dispose d’un vaste éventail d’options pour mettre en place un secteur énergétique fiable et sécurisé, car le pays peut compter sur un important potentiel en énergie solaire, hydro-électrique et en biomasse, et est doté de ressources éoliennes non négligeables.

Or, paradoxalement, Haïti est actuellement classée dernière parmi les États membres de la CARICOM à cause de l’incapacité de la compagnie d’électricité (ED’H) d’accroître la couverture énergétique dans les zones encore non desservies et elle n’est pas en mesure non plus d’assurer la sécurité, la stabilité et la fiabilité améliorées du système dans les zones actuellement desservies.

Il s’ensuit qu’une transformation appropriée du système énergétique en Haïti dépend de la capacité des parties prenantes à investir dans une démarche de planification des ressources et de la résilience à la fois holistique et intégrée, qui relie entre eux les piliers économiques, sociaux et environnementaux du développement au sein du pays.

La politique énergétique de la CARICOM

Approuvée en 2013, la politique énergétique de la CARICOM promeut le passage à l’énergie durable grâce au recours accru à des sources d’énergie renouvelables et une amélioration de l’efficacité énergétique.

Pour réaliser la vision et les objectifs pour le secteur de l’énergie de la communauté, la politique de la CARICOM vise notamment à garantir une sécurité énergétique accrue grâce à l’accès en temps opportun de tous les États-membres de la CARICOM à des approvisionnements énergétiques convenables, fiables et abordables ; obtenir des ressources en hydrocarbures au moindre coût pour chaque État-membre et assurer que des normes appropriées soient introduites et appliquées pour les produits pétroliers et leurs dérivés ; diversifier les sources d’énergie grâce à un recours accru à l’énergie renouvelable de façon telle que l’optimisation avec les autres secteurs soit assurée ; et entreprendre les réformes nécessaires en temps opportun pour encourager un investissement plus conséquent dans le secteur de l’énergie.

En ce qui a trait à ce dernier point, la CNUCED rappelle que, selon les estimations mondiales actuelles, les investissements nécessaires pour atteindre l'accès universel à l'électricité dans tous les PMA d'ici 2030 sont de l'ordre de 12 à 40 milliards de dollars par an. Cependant, les ressources nationales pour l'investissement dans les PMA sont très inférieures à ces niveaux, et même après une augmentation rapide au cours de la dernière décennie, l'aide publique au développement (APD) au secteur de l'électricité dans les PMA ne représente qu'un dixième de ce niveau.

Le monde compte actuellement 47 PMA, dont 33 africains et un seul américain, Haïti. Trois indicateurs définissent les pays les moins avancés : le revenu national brut par habitant, le taux d’accès à l’éducation et aux services de santé, ainsi qu'un indice reflétant la capacité à résister aux chocs économiques et environnementaux. Autres caractéristiques communes : des économies peu diversifiées et un accès extrêmement limité à l’électricité.

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