Les Forces armées d’Haïti remobilisées seront-elles apolitiques ?

Publié le 2017-11-24 | Le Nouvelliste

Editorial -

Dans son message à la nation à l’occasion du 214e anniversaire de la Bataille de Vertières, le président Jovenel Moïse annonce que les Forces armées d’Haïti remobilisées seront apolitiques. S’agit-il d’un souhait exprimé par le président ? ou verra-t-on dans la prochaine législation, qui va déterminer l’organisation et le fonctionnement de l’armée, des dispositions assez contraignantes pouvant empêcher cette force de s’ingérer dans le jeu politique traditionnel du pays ? Quels seront les éléments constitutifs de la doctrine qui doit servir de guide à la conduite des forces armées remobilisées, susceptibles d’agir sur les attitudes et comportements des officiers, sous-officiers et soldats pour les prémunir contre la tentation du pouvoir politique ? Cette nouvelle armée sera-t-elle encadrée exclusivement de formateurs haïtiens imprégnés de sa doctrine afin de l’orienter dans la défense des intérêts de la collectivité ? Sera-t-elle une armée nationale, dépouillée de toute méfiance et de haine vis-à-vis de la population civile, contrairement aux forces armées d’autrefois ?

Les dirigeants haïtiens d’aujourd’hui et de demain auront-ils assez de grandeur d’âme pour refuser les éventuelles promesses de coopération, sur la base de bourses d’études offertes traditionnellement par les puissances impérialistes, afin de réorienter la formation des officiers supérieurs au bénéfice de leurs intérêts ? Autant de paramètres, d’incertitudes et d’interrogations qui laissent les observateurs perplexes sur les comportements des forces armées remobilisées dans le futur au sujet de sa politisation.

Depuis sa création, pendant l’occupation américaine, l’armée d’Haïti a toujours joué le rôle d’arbitre dans la plupart des décisions politiques du pays. Mis à part les 29 ans des Duvalier père et fils, l’armée, jusqu’à sa démobilisation en 1995, fut omniprésente dans l’organisation des compétitions électorales pour la prise du pouvoir, dans l’exercice et l’aménagement du pouvoir en Haïti. Remplissant depuis sa création les fonctions de police, pour garantir la sécurité des vies et des biens, et d’armée, pour veiller à l’intégrité territoriale, les FADH avaient le contrôle dans les villes et à la campagne.

Avec l’organisation et le fonctionnement de la Police nationale d’Haïti, indépendante des forces armées remobilisées, les données ne seront plus les mêmes à bien des égards. Relevant du ministère de la Justice et de la Sécurité publique, se pliant à l’orientation du Conseil supérieur de la Police nationale, conformément à sa législation et les règlements en vigueur, la Police nationale d’Haïti n’a rien en commun avec les forces armées remobilisées. Sa mission de veiller à la sécurité des vies et des biens ne coïncide en aucun cas avec celle de l’armée qui consiste à veiller à l’intégrité du territoire national. Le déploiement de la PNH dans toutes les communes du pays est prévu par la loi régissant l’institution. Cependant, la surveillance des frontières, des zones côtières et dans certains cas des ports pourrait relever des forces armées remobilisées. La nouvelle loi déterminera la configuration des FADH remobilisées.

Le refus de différents secteurs d’accepter la remobilisation des forces armées est symptomatique du rôle qu’avaient joué les Forces armées d’Haïti dans le quotidien des hommes et des femmes du pays. Compte tenu de la situation actuelle, il n’est pas probable que les forces armées remobilisées soient présentes dans l’environnement de la population civile comme autrefois. Cependant, l’ingérence de l’armée dans le jeu politique sera fonction de l’évolution du pays sur les plans économique, politique et social.

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

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