C'est le président Moïse qui ressuscite l'Armée, les FAD'H n'ont pas fait le 18 novembre 2017

Publié le 2017-11-20 | Le Nouvelliste

Editorial -

Les Forces armées d’Haïti sont une réalité depuis le 18 novembre 2017. Il va falloir les faire vivre, les aider à grandir et les porter à effectuer les tâches que les civils leur définiront. Les civils.

La dernière fois, l’armée n’avait pas su se plier aux ordres des autorités civiles. Elle avait pris goût à l’exercice du pouvoir et regimbait à claquer les talons aux voix qui ne criaient pas les ordres d’un ton martial. Les élections, les élus, la légalité et la légitimité l’oppressaient, troublaient sa vision de l’avenir.

La dernière fois que l’armée existait, il n’y avait pas la Police nationale d’Haïti comme nous la connaissons de nos jours. Quoiqu’inscrite dans la Constitution, cette police civile, aux ordres du ministère de la Justice, les FAD'H ne s’étaient pas donné pour mission de la faire exister. Cette police avait fini par remplacer l’armée.

Cette fois, non seulement l’armée devra obéir aux civils, elle devra aussi cohabiter avec d’autres gens en armes sur le territoire. L’armée n’est plus le seul gendarme du pays.

L’idéal serait que les deux corps s’entendent. Que les civils ne les jouent pas les uns contre les autres. Que le venin de l’envie ne perturbe pas la bonne marche des institutions chargées de la sécurité du territoire. Il y a assez de travail pour tout le monde.

La dernière fois que l’armée existait, le béton n’était pas aussi armé. Aujourd’hui avec les agences de sécurité privées et les armes qui circulent dans la population, légalement ou illégalement, la puissance de feu a été décuplée ces vingt dernières années. L’armée devra s’y faire ou bien s’y prendre pour trouver sa place dans le jeu des forces.

L’armée devra se donner la chance de grandir. Elle doit commencer par un vetting rigoureux pour garnir ses rangs. L’armée ne peut pas se remobiliser avec des vers dans son fruit. L’une des premières missions qu’aura l’état-major : établir la crédibilité, l’honnêteté et l’intégrité du corps et de chaque membre des FAD'H.

Les civils devront donner une chance à l’armée. Dans l’histoire récente de ce pays, que de fois on a vu des militaires se faire embrigader dans des aventures politiques, laisser l’institution militaire être domestiquée par des forces d’argent ou de pouvoir !

L’armée devra aussi savoir qu’elle est déjà l’enjeu de toutes les forces internationales (dominicaine, américaine, équatorienne, onusienne et autres) présentes sur le territoire ou impliquées dans sa constitution. Elles vont vouloir la déstabiliser, la contrôler, l’infiltrer, la coloniser, l’utiliser.

Personne ne sera indifférent à l’armée quoi qu’on en ait dit hier, quoi qu’on en pense sincèrement. L’armée est là. Elle existe. L’armée devra se prémunir des tentations. Prendre tous les vaccins de la bonne conduite et accepter de rentrer dans la ronde démocratique.

Cette fois, contrairement au 18 novembre 1803, ce n’est pas l’armée qui forge la nation, mais un président élu démocratiquement qui ressuscite l’armée. Que les soldats, sous-officiers et officiers n’oublient pas la genèse de leur retour. Ils n’ont gagné aucune bataille, aucune guerre, on leur donne une nouvelle chance au prix des votes de la population.

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