L’épilepsie en Haïti, un gros mal pour une petite considération

Publié le 2017-11-23 | Le Nouvelliste

Société -

Désormais acceptée comme une infection neurologique, l’épilepsie en Haïti ne peut que cohabiter avec les superstitions portées à son égard, qui se renforcent chaque jour en profitant du silence ou de la complicité d’une population où se démènent au moins sept facultés de médecine, un ministère de la Santé publique, une association médicale, des associations d’étudiants en médecine, de nombreuses institutions sanitaires.

Avec des chiffres qui aiguisent leur agressivité, ce trouble électrique de l’activité des cellules nerveuses toucherait 10% de la population haïtienne soit 500 000 à 800 000 en 2016 (si l'on se réfère à l’approche du Dr Lionel Carmant dans le numéro du 15 avril 2016 du Nouvelliste) tandis qu’il devrait être à 1%, ce qui est le pourcentage acceptable pour l’OMS. Cet écart de 9% entre l’attente des autorités sanitaires et les réalités signe le statut de problème de santé publique de l’épilepsie en Haïti.

La pauvreté des indices étiologiques laisse place aux facteurs déclenchant : le manque de sommeil, la consommation de drogue ou d’alcool, le stress émotif ou physique , les infections parasitaires , les méningites, la malnutrition maternelle et la mauvaise prise en charge de l’accouchement sont pour la plupart des paramètres identifiés par des politiques bien élaborées et mises en œuvre.

Ainsi, la Commission sur l’enseignement médical (SCOME) de l’Association haïtienne des étudiants en médecine (AHEM) se saisit du micro, car il est d’ordre d’urgence.

S’il n’y a qu’une neurologue pour les 10 millions d’habitants en Haïti, cette maladie, qui nécessite une prise en charge par des spécialistes dans le domaine, voit s’exposer à elle 1 sur 10 des enfants haïtiens .Le seul centre de prise en charge de l’épilepsie en Haïti, la Clinique épileptique de Port-au-Prince CLIDEP ne peut prendre en charge que 5 000 épileptiques par année dans un pays à plus de 600 000 personnes atteintes .Fondée par le Dr Lionel Carmant, ce centre s’inscrit dans une lutte pas près d’être facile.

Si face à ce problème qui touche 80 personnes sur 100 000 dans les pays pauvres des sociétés des communautés scientifiques se sont érigées de par le monde, en Haïti après l’ouverture de la CLIDEP et la venue en Haïti de la seule neurologue venue de Russie, deux autres mesures seulement ont été prises.

Un partenariat public-privé entre le MSPP et la CLIDEP ainsi qu'un projet de formation de spécialistes locaux dans le domaine seraient nécessaires. Il faut juger de peu et pauvres ces mesures face à une maladie étendue sur tout le territoire national et qui est souvent victime de stigmatisation des souffrants en plus de la baisse du fonctionnement cérébral d’où cognitif le retard de croissance et intellectuel chez l’enfant comme le reconnaît le spécialiste en neurolo-pédiatrie le Dr Guy Pierre-Louis.

Ne devant pas faire fi des actions à mener face à un problème de santé publique, les autorités sanitaires haïtienne devaient se sentir obligées de définir des grandes lignes d’actions face au développement de la maladie qui, des décennies durant, augmente la liste de ses victimes où les traitements longs et coûteux sont pour la plupart du temps inachevés. A côté du nombre restreint de spécialistes pour la prise en charge de l’épilepsie, des superstitions et stigmatisations des épileptiques et le non-traitement de la majorité des personnes atteintes, le retard intellectuel des enfants atteints et les préjugés ; pendant combien de temps encore vont persister le silence, l’inaction et l’ignorance de sept facultés de médecine du pays, un ministère de la Santé publique, une association médicale en Haïti, des associations d’étudiants en Haïti, d’une société civile, d’une élite économique, voire une communauté internationale se déclarant tellement vouée au pays du Dr Fabiola Dalvius, la seule neurologue du pays ?

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