Nathalie Mondésir, future leader !

En août 2017, lors d’une réception en la résidence de l’ambassadeur des États-Unis, Nathalie Mondésir recevait les honneurs pour avoir été la toute première lauréate haïtienne du programme « Next Generation Leaders » du McCain Institute. Toute joyeuse, cette jeune leader s’est plu à nous raconter quelques épisodes de son histoire, qu’elle a écrite à l’encre de la détermination, du courage et de la foi.

Publié le 2017-11-13 | Le Nouvelliste

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Il y a ceux qui regardent leur vie être ballotée au gré des vagues et des flots tumultueux du quotidien et ceux qui décident de prendre les commandes pour écrire eux-mêmes leur propre épopée. Comptez Nathalie Mondésir dans cette deuxième catégorie. Partie de rien, cette jeune leader, ex-candidate à la députation pour la circonscription de Kenscoff aux élections de 2015, est en train d’esquisser, avec foi et persévérance, les lignes d’un brillant avenir.

Ses yeux brillent d’une énergie et d’une rage de vaincre. Quand on a dû se battre tout au long de sa jeune vie, il aurait été difficile qu’il en soit autrement. Née le 14 novembre 1989, Nathalie Mondésir devient orpheline très tôt. « J’ai perdu ma mère quand j’avais six ans, et mon père quand j’en avais onze. J’ai été élevée par une méchante tante, la grande sœur de ma maman, qui ne voulait pas que j’aille à l’école, parce qu’elle avait un problème avec ma maman. Elle m’a fait subir toutes les mauvaises choses du monde », lâche-t-elle dès les premiers mots de présentation. Elle a dû être terriblement marquée par cette étape ô combien difficile de son enfance qui s’est déroulée à Turgeau, fréquentant l’école nationale Célie Lilavois en primaire. Aujourd’hui encore, elle se questionne sur les agissements de cette tante. « J’étais pourtant une bonne enfant. J’étais toujours parmi les premiers de la classe et c’est la raison pour laquelle les prêtres de l’église épiscopale m’aimaient et prenaient en charge mes frais », se rappelle celle qui à cette époque se plaisait à faire du théâtre avec les enfants de son quartier et n’hésitait pas à aider dans leurs études ceux qui avaient des lacunes.

À seize ans, sa tante la met à la porte. « Je ne savais où aller », confie-t-elle. Mais, Nathalie trouve une autre âme charitable qui lui tend la main. Elle est accueillie par les parents d’une amie.

Avec de maigres moyens économiques, Nathalie a du mal à faire face à toutes les obligations. D’ailleurs, le père de cet ami étant en prison, elle doit se débrouiller. Une fois de plus, elle trouve un bon samaritain : Myrtho Verneret, une dame à qui elle sollicite du travail qui lui vient en aide. « Elle avait un restaurant, j’ai été la voir pour lui demander un emploi alors que j’étais en classe de troisième au Collège Frère Adrien du Sacré-Cœur. Quand elle m’a vue, elle a dit, ''non, non, tu vaux plus que cela », se rappelle-t-elle. Ayant écouté son histoire et les difficultés auxquelles fait face Nathalie, Mirtho lui propose de l’héberger et de la soutenir. « J’ai retrouvé une deuxième famille », raconte-t-elle, le sourire et le regard empreints de gratitude.

Ses études secondaires se déroulent dans divers centres scolaires au gré de ses déplacements et de ses moments d’infortune. Tantôt à l’école nationale du Brésil, au Cours privés Impromac, au lycée national de Pétion-ville où elle passe un an –elle y fut sacré championne d’un concours de beauté-, avant de clore ce cycle a Collège Frantz Paillère. Mais, l’intelligente dame ne s’est jamais cherché d’excuse pour ne pas se battre. Même après avoir laissé le domicile de cette samaritaine, Nathalie ne se lasse pas de travailler. Elle touche à tout, explore toutes les options pour mettre les meilleures armes de son côté. C’est ce que l’on doit faire quand on n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche et que l’on ne peut compter que sur soi. Elle prend des cours en cosmétologie, en massothérapie moderne, en techniques de présentation et d’animation radio-télé. Lauréate de sa promotion à KU-Productions, elle intègre le staff de la Radio Télé Superstar et anime entre mars et septembre 2012 l’émission Cuisinez-moi. Puis, elle va travailler à Ibiza, un magasin de vêtements. Elle démissionne en janvier 2014 afin de poursuivre ses études. « Mon manager voulait que je reste, mais j’avais compris que mon rêve allait plus loin que cela. Plus loin que le fait de rester dans un magasin pour toute ma vie », confie-t-elle. Elle opte pour le marketing management et les relations publiques au CEDI. Parallèlement, elle se lance dans l’entrepreneuriat en mettant sur pied Nati prod, une production, Nati-boutique, une boutique de vêtements. Un peu plus tard, Nati protocole qui offre des services de protocole ainsi que des séminaires de formation.

Alors que les élections de 2015 arrivent, elle apprend que Clarens Renois, son professeur et coordonnateur général au CEDI, met sur pied son parti politique. Il lui vient l’idée de se porter candidate pour la circonscription de Kenscoff. « Je me suis dit que j’avais la capacité, la bonne volonté pour contribuer à améliorer certaines choses. Je me suis dit que cette voie me permettrait de créer des opportunités pour ma communauté, dans laquelle j’étais déjà très active », nous raconte celle qui coordonnait déjà les actions de l’OFAVAK, Oganizasyon fanm vanyan Kenscoff, une association de femmes dans la zone. Après mûres réflexions, et en dépit du fait qu’elle n’a pas les fonds disponibles, elle prend la décision de s’engager aux côtés de Clarens Renois au sein de Unir, bien qu’elle ait eu deux autres partis politiques en ligne de mire. « Je ne savais pas encore où je trouverais les moyens, mais j’étais si déterminée que je me suis dit que tout le reste suivrait après », explique-t-elle sans se départir de sa confiance en elle.

À 25 ans, elle est la seule femme qui se porte candidate pour la circonscription. « Prendre part aux élections n’est pas une mince affaire. C’est très difficile. Il y aussi la violence. J’ai même été victime d’actes d’intimidation. Je ne pouvais pas dormir. J’étais très stressée. Il m’arrivait de rester très tard en vue d'élaborer des stratégies pour voir où l’on pouvait trouver du financement. "Ou ap kalkile kote lajan an ap sòti. D’autant plus qu’il n’y a pas beaucoup d’encadrement pour les femmes en politique. Ministè fanm pa ankadre fanm vre. Yo la ap envite w nan fòmasyon, nan seyans. Tout se jwèt. Nou menm, sa nou te bezwen se bon jan estrateji, estrikti ak lajan pou nou ka avanse". Au moins, Femmes en Démocratie nous avait offert l’impression de près de 5000 cartes afin que l’on puisse distribuer. C’est l’un des rares supports que l’on avait pu trouver outre les amis et mon parti. Imaginez si plusieurs autres organismes en faisait de même afin d’apporter des appuis concrets », explique la jeune femme tout en ajoutant que « les formations par ci et par là sont utiles mais ne suffisent pas pour encadrer les femmes candidates ».

La lutte est ardue, mais elle fait du mieux qu’elle peut. Elle perd les élections mais elle ne se laisse pas décourager. D’ailleurs, cette expérience lui offre l’opportunité d’être choisie par l’ambassade américaine pour postuler au concours « Next Generation Leaders » du McCain Institute. « Avant, je ne voulais pas croire à cette histoire. Je ne voulais pas y prendre part. Parce que je croyais que je n’étais pas prête. Mais on m’a encouragée à le faire, car on estimait que j’avais un profil intéressant en tant que jeune activiste sociale. Je me suis lancée et cela valait la peine. J’ai pu compter sur plusieurs personnes au sein de l’ambassade pour ma préparation », dit celle qui est la première femme haïtienne, la première femme de la Caraïbe à participer à ce programme de formation.

Avec cet enthousiasme et cette force de caractère, qui la caractérisent, Nathalie Mondésir promet de faire le plein de connaissance pour contribuer au changement à son retour. « J'ai l'obligation de soumettre à la fin du programme mon plan d'action en leadership qui sera un projet très important et intéressant pour le secteur des Femmes base sur l'inclusion Politique des femmes de caractères engagées. J'ai déjà créé une coalition qui s'appelle COFE-HAITI, une coalition des Organisations de Femmes pour Haïti, avec Daniella Jacques, Natacha Daciné, Wedlyne Pierre-François, Sophonie Ylas, Fabiola Dolin, Charline Dubuisson, Yrlande Philistin, Rémise Bélizaire pour porter cette cause », explique celle qui croit dur comme fer que, les jeunes, surtout les femmes doivent entrer en politique pour changer les destinées de cette nation.

Satisfaite de ce qu’elle a fait de sa vie jusqu’ici, Nathalie, fiancée, avec un enfant à charge ne se repose pas. D’ailleurs, à part la musique, les livres de Bernis Warren ou de Bill Georges qu’elle se plait à déguster, les séries telles que Scandal, ses moments de loisir sont rares. Cette grande fan de Kreyòl la a d’autres chats plus importants à fouetter : Devenir un leader pour éclairer d’autres femmes, d’autres jeunes et inspirer tout un pays.

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