Ces économistes qui nous gouvernent

Publié le 2017-11-10 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

(Ramon Guillaume)

Il n’est nulle part indiqué dans notre Constitution que pour devenir président il faut être un économiste, un ingénieur, un avocat ou un médecin ou autres. D’aucuns pensent que la Constitution devrait exiger d’un candidat à la présidence qu’il soit de préférence un homme de loi ayant au moins dix ans de carrière.

Notre système de suffrage universel direct ne s’y prête pas puisqu’il s’agit du principe «un homme, un vote», sans aucune exclusive. L’histoire universelle récente nous enseigne au sujet de certains grands chefs d’Etat de l’ère moderne que, lorsque leurs pays font face à de graves crises, ils ont recourt aux ressources humaines disponibles dans les universités. D’autres font appel aux économistes, aux politologues et autres experts dans la gestion des crises.

Nous sommes habitués à résoudre nos problèmes politiques par l’utilisation de la violence et des bains de sang. Notre retard économique et politique provient du fait que notre pays est en crise perpétuelle. Dans l’espace d’un siècle, nous avons connu deux occupations de notre territoire. Le spectre de cette honteuse situation hante notre firmament politique, suite au dernier scrutin présidentiel, à la faveur duquel Jovenel Moïse a été élu président. Son administration, après sept mois, fait face à une grave crise provoquée par la publication du budget 2017-2018. Des grèves et des manifestations de rue, émaillées de violence, d’attaques sauvages sur les biens privés et sur des personnes qui n’ont rien à voir avec la publication dudit budget.

Parmi les chefs de file de ce mouvement contestataire, se trouvent en grande partie les naufragés des dernières élections présidentielles en quête d’une nouvelle santé politique. Pour la première fois, le vote d’un budget suscite au sein de la population et des masses incultes autant de débats relativement à son application. A l’occasion de ce tumulte, on assiste à l’éclosion ou apparition de toutes sortes de spécialistes en toute matière : des pseudo-économistes et fiscalistes, des constitutionnalistes, des politologues qui ne sont en fait que des dilettantes manqués. La seule chose que l’on puisse retenir de ce débat est qu’une grande partie de la population, la portion congrue, opine sur un sujet dont les tenants et aboutissants lui échappent complètement.

Nous n’allons pas nous engager dans cette voie boueuse offerte par l’opposition sans issue aucune. Nous essayons plutôt de prendre un raccourci par lequel il nous sera possible de contribuer à un changement de paradigme en dirigeant nos pas et nos actions loin de la violence aveugle. Cette apesanteur de crise politique larvée ne cesse de faire fuir les investisseurs potentiels pour se rendre sous des cieux plus cléments. Il nous faut désormais sortir le pays de ces épouvantables moments tissés de haine sans cesse mâchée et remâchée pour redonner à notre histoire sa gloire d’autrefois. Dans leurs luttes effrénées pour conquérir le pouvoir, nos leaders politiques ne se soucient plus de la formation académique de nos élèves et étudiants, en promettant de fermer le pays ; autant dire les écoles, le commerce intérieur et extérieur et priver nos petits marchands de rue de leurs maigres revenus.

Le G-8, G-77, G-30, le MOPOD viennent de mettre au monde la « Coalition démocratique », qui se propose d’obtenir la démission du chef de l’Etat, sept mois après son entrée en fonction. Nous avons l’impression que ce sont les économistes qui nous dirigent par le fait qu’ils constituent une référence pour les masses contestataires. Seul Kesner Pharel du GROUP CROISSANCE a eu le courage d’éclairer la lanterne de la population, mais en utilisant un jargon dans lequel elle ne se reconnaît pas. La problématique qui entoure la publication du budget contesté a quand bien même permis à l’homme de la rue de savoir qu’un budget contient deux rubriques ; les rentrées, en taxes et impôts et les dépenses ou sorties. N’étant pas des spécialistes du budget et étant des gouvernés, nous sommes en droit d’émettre l’opinion suivante : dans notre pays jugé trop en retard, pris dans le tourbillon des progrès de l’informatique, de la robotique, du numérique, de la cybernétique, il nous faut éviter d’être attirés par cette civilisation qui charrie toutes sortes de scories.

Chez nous, les idées de changement rencontrent des protestataires politiques et sociaux qui tendent vers l’anarchie et vers ce que la science politique moderne appelle « l’ochlocratie » ou pouvoir de la rue. Les gouvernements ne doivent pas se faire d’illusions afin qu’ils ne tirent pas vanité d’avoir diminué quelque peu leurs dépenses et d’avoir équilibré les sorties de fonds et les recettes. Les gouvernements n’ont encore rien fait contre la misère publique, contre la stagnation des affaires, contre les conspirations et les luttes intestines. Ils n’auront point sauvé leur pays.

Traditionnellement, nos pas sont faits dans le sang et par la violence. Nous sommes à l’un de ces moments terribles dans la vie de la nation où deux voies se présentent ; l’une qui conduit au progrès et l’autre qui mène aux abîmes éternellement. Le moment est venu pour nous de choisir la première voie. La nécessité du moment le veut, le jeu force à couper. L’heure est grave. Nous n’avons pas à faire appel aux économistes, aux politologues, aux organisations populaires, etc. Il nous faut chercher la voie de la paix avec nous-mêmes et avec les autres. C’est la paix qui féconde le présent et prépare l’avenir. Il convient d'éviter les crises révolutionnaires, propres à notre culture et qui ne nous amènent nulle part, sauf sur la voie utopique pour devenir des révolutionnaires de salon. Il nous faut surtout donner au présent ce qui lui est nécessaire, ce qui peut le rendre fécond en laissant ouverte la porte sur l’avenir, en évitant de la défoncer à coups de machette.

Durant cette crise économique et politique que traverse le pays, crise donnant plutôt naissance à des révoltés au lieu de révolutionnaires, nous sommes en droit d’affirmer que les économistes, chez nous, eux aussi se perdent dans leurs chiffres, leurs pronostics et leurs anticipations tantôt négatives, tantôt positives pour créer un amalgame avec la politique et l’économique. Nos économistes ont droit à leurs choix politiques, leurs états d’âme et lorsqu’ils sont consultés, ils ne laissent pas assez de place à l’objectivité. Ce n’est pas étonnant que certains d’entre eux sont aperçus sur les lignes de front des barricadiers. Ils sont là, non pas comme politiciens mais comme des anti-système, des altermondialistes, des anti-néolibéraux opposés à tout ce que prône l'administration Moïse – Lafontant.

Nous ne nions pas l’apport des économistes dans le développement d’une nation. Lors de la grave crise économique des années 30, connue sous le nom de la Grande Dépression, les Etats-Unis avaient instauré le New-Deal, créé une nouvelle ère économique et propulsé ce grand pays vers le plein emploi avec l’apport d'économistes célèbres comme John M. Keynes. Relativement au budget contesté qui occupe l’actualité depuis quelques semaines, il faut attendre pour évaluer ses tenants et aboutissants pour en faire le bilan. Nous devons mettre de côté notre tendance à vouloir précipiter les choses à l’effet de tout avoir le même jour. Nous devons nous habituer également à savoir perdre et ne pas toujours contester le gagnant. Nous devons nous rappeler que nous n’avons pas d’armée et que la MINUSTAH a quitté le pays. En fin de compte, nous devons nous rappeler que nous habitons une île perpétuellement exposée aux secousses sismiques et aux catastrophes naturelles de toutes sortes. Il faut agir vite en attendant d’être jugés et condamnés par l’histoire quand elle nous demandera des comptes, pour nos errements, nos manquements et nos incongruités et plus spécialement de cesser d’être des jusqu’au-boudistes jusqu’à piétiner le nom et la mémoire de l’empereur DESSALINES, Père de cette nation qui se cherche un Etat depuis 213 ans.

(RAMON GUILLAUME)

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