Patrimoine, quand tu nous manques…

Bloc-notes

Publié le 2017-08-10 | Le Nouvelliste

National -

En recherchant un document administratif égaré dans une bibliothèque, je suis tombé sur « Pierre Sully », « drame lyrique » de Marcel Dauphin, créé en 1951. Et, oubliant les démêlés avec les administrations publiques, je m’accordai le loisir de relire cette « vieillerie » qui témoigne d’un temps, d’un certain bonheur d’écriture d’une forme de patriotisme.

Encore une preuve que ceux qui disent que ce pays est plongé dans son passé mentent parce que la comparaison avec le présent fait peur et qu’ils préfèrent nous voir rester dans l’ignorance de ce passé. Ou qu’ils se trompent en toute bonne foi, victimes de leur propre ignorance de cet hier qui ne fut pas sans faille, mais qui ne compte pas que des erreurs. Voilà bien un domaine dans lequel l’ignorance du passé (et parfois d’un passé qui n’est pas très éloigné) est un problème majeur : le théâtre.

Dauphin, c’est un peu loin. Enfin, si l’on considère que un peu plus d’un demi-siècle, c’est vraiment le passé. Mais pour ne citer que des œuvres ayant été publiées: « Le roi » de Michel-Philippe Lerebours (1972), « Monsieur de Vastey » de René Philoctète (1975) ? D’autres textes ayant été publiés dans les années soixante, soixante-dix, quatre-vingt ? Le théâtre n’est pas le genre le plus riche de la littérature haïtienne. Mais il n’est pas aussi pauvre qu’on peut le supposer. La réalité est que les œuvres ne sont pas rééditées, et rien, ni l’enseignement ni des institutions de support, ne favorise une curiosité envers le passé. Certaines institutions ou attitudes pourraient même encourager les jeunes créateurs de théâtre à croire qu’il n’y avait rien avant eux. Rien ?

Théodore Beaubrun (Languichatte), Jean Brierre, Dominique Hippolyte, Franck Fouché, Félix Morisseau-Leroy…

L'adage garde sa force : « Il n’y a pas de rupture sans repères ». On ne rompt pas avec le vide, comme on ne le prolonge pas. Ce serait intelligent de la part des ministères de la Culture et de l’Éducation de redonner vie à ce patrimoine théâtral par des éditions critiques.

Bien entendu, on pourrait dire la même chose du sport ou de la musique. J’ai déjà raconté, mais c’était un vrai choc, mon étonnement de découvrir qu’un groupe de jeunes artistes-intellectuels-écrivains ne connaissait pas Guy Durosier. Et tel candidat au concours d’entrée à l’université n’a-t-il pas dit cette vérité sublime sur Sylvio Cator en répondant qu’il était… un stade?

Dans le domaine du théâtre, laissant cette fois les auteurs pour aller vers la mise en scène, il y en a eu de grands. Une pensée particulière pour François Latour et Hervé Denis. Quelles furent leurs démarches, leurs repères théoriques, leurs méthodes de travail ?

Ce pays a-t-il les moyens de persister à ignorer ce qu’il sait, ce qu’il a fait ?

Bon. Dans une bibliothèque familiale, je cherchais un passeport, j’ai trouvé une pièce de théâtre. Édition originale. Comment l’amener à ceux qui n’ont pas cette chance, ou, prenons le juste, ce privilège ?

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