Une piste intéressante pour promouvoir la production nationale

Publié le 2017-07-31 | Le Nouvelliste

Editorial -

En prenant la décision de venir en aide aux producteurs locaux d’oeufs de table et de poulets de chair, pour contrecarrer le dumping dominicain sur ces biens, le ministre de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, André Carmel Béliard, agit en ligne droite de la philosophie de protection de la production locale. Si les autorités haïtiennes, dans le passé, avaient protégé la production de biens fabriqués localement, l’économie haïtienne ne serait pas aussi moribonde. De 2008 à 2017, la production d’œufs de table est passée de 1 million à plus de 10 millions, en raison des mesures adoptées par l’administration Préval contre l’importation de produits avicoles dominicains sur le territoire national frappés à cette époque par la grippe aviaire. Cette mésaventure dominicaine a permis aux producteurs locaux de produire 30 % de ce bien pour la consommation locale pendant cette période. Ce qui laisse croire que cette mesure prise, pour raison sanitaire, a permis l’augmentation significative de la production dans ce secteur. En septembre 2015, tenant compte de l’augmentation grandissante des exportations dominicaines vers Haïti, l’ex-ministre de l’Economie et des Finances Wilson Laleau interdit par voie terrestre l’entrée sur le territoire national de vingt-trois produits dominicains, dont une quinzaine fabriquée localement. En l’année 2016, les exportations dominicaines ont chuté de 20%. Si les autorités gouvernementales, aidées par le secteur privé, prennent les dispositions pour augmenter la production de biens et protègent la production locale, notre pays pourra graduellement créer plus de richesses et parvenir à mettre de l’ordre dans l’économie haïtienne. En dehors des autorités haïtiennes, quel autre gouvernement étranger peut protéger l’investissement réalisé dans notre économie ? Pour preuve, le ministre dominicain des Affaires étrangères a annoncé dimanche que la République dominicaine allait adopter les mesures nécessaires en vue de tripler le volume d’exportation vers Haïti pour les années à venir. Cette perception des autorités dominicaines vis-à-vis d’Haïti se traduit en raison de la forte capacité de production du secteur privé dominicain face à l’économie haïtienne, caractérisée par l’importation démesurée de biens, en lieu et place d’une politique de production. Avant de rendre publique cette décision, le président dominicain Danilo Medina avait déjà formé une commission composée de cadres gouvernementaux et d’hommes d’affaires afin d’identifier les nouvelles opportunités et d’établir les conditions pour que la République dominicaine dynamise ses exportations vers différents marchés de la région. Il revient à Jovenel Moïse de capter le message de la République voisine et de prendre très au sérieux les différentes initiatives économiques des Dominicains. Il doit poursuivre la caravane en y ajoutant de l’ordre et en faisant ressortir la transparence nécessaire. Les nouvelles autorités de Port-au-Prince n’ont d’autre choix que de créer les voies et moyens nécessaires à la relance de l’agriculture. Si Jovenel Moïse parvient à valoriser l’agriculture dans les différents départements du pays pendant son mandat, il aura réussi là où les autres présidents ont échoué. Il doit également mettre l’accent sur d’autres champs de production de biens et services à la portée de l’homme moderne. L’immigration haïtienne vers la République dominicaine et le Chili ne peut étre stoppée que sur la base de création de richesses en quantité proportionnelle aux besoins des jeunes dans les secteurs primaire, secondaire et tertiaire.

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